Simon Tuma Waku, président de la Chambre des Mines de la FEC
Simon Tuma Waku, le président de la Chambre des Mines de la Fédération des Entreprises du Congo est l’un des grands architectes de la DRC Mining Week dont il fut à l’initiative avec Spintelligent. M&B l’a rencontré pendant l’édition 2019. Interview.

Mining & Business Magazine : Vous avez assisté à la première. Vous êtes toujours bien présent pour la 15e. Vous pouvez nous rappeler comment tout cela a commencé ?

Simon Tuma Waku : 15 ans, ça peut paraitre beaucoup, mais je m’en souviens comme si c’était hier… Le premier contact avec Spintelligent, les organisateurs, à Cape Town, puis la première conférence sur les infrastructures, à Kinshasa. Pendant les dix premières années, la première journée de la DRC Mining Week avait lieu pendant deux jours à Kinshasa, puis se poursuivait pendant deux jours à Lubumbashi. Le tout dans la même semaine. Puis Lubumbashi l’a emporté au bout d’une dizaine d’années. D’abord parce que c’est le cœur du Mining dans le pays, et déplacer les gens était assez compliqué et ne servait finalement pas à grand-chose. De plus, les stands étaient à Lubumbashi depuis la première édition. 

M&B : Les choses ont très vite évolué, n’est-ce pas ? 

STW : Oui, on a eu environ 500 personnes la première année, et on est aujourd’hui à plus de 3000. On est passés de moins de 100 stands à plus      de 300… L’événement a pris une vraie dimension, c’est un peu notre Mining Indaba. La dimension internationale est d’ailleurs en plein essor grâce au réel attrait pour la RDC en ce moment. On a commencé il y a trois ans avec le pavillon des Sud-Africains qui sont revenus l’année suivante avec les Zimbabwéens et cette année, nous en sommes à 5. Parions que très vite, on sera à 10, voire plus !  

M&B : Le Karavia est-il assez vaste pour contenir une DRC MW qui grandit à ce rythme ? 

STW : Il est exact qu’un problème de logistique risque de se poser. L’hôtel Pullman Karavia nous a prêté son cadre jusque là, mais on doit voir plus grand… J’en ai d’ailleurs parlé avec le Gouverneur hier… Devant le Karavia, il y a tout un espace qui pourrait contenir un grand centre de conférence, cela permettrait à l’événement de grandir, c’est très important ! Lors d’un voyage à Antananarivo, j’ai été impressionné par un centre de conférence qui avait coûté moins 10 millions de dollars… Certaines entreprises minières y avaient même un bureau. On doit penser à faire quelque chose comme ça, mais adapté à la RDC, à la ville de Lubumbashi.

M&B : Il y a deux ans, il y a eu une scission au sein de la FEC. Un appel a été lancé pendant la DRC MW pour que le G7 s’assoie de nouveau à la table des discussions. Qu’en pensez-vous et quels sont les enjeux ? 

STW : Quand il y a changement, il y a toujours résistance au changement. C’est la nature humaine, on n’y peut rien. Quand on a commencé la renégociation du nouveau code minier, il y a eu quelques résistances au changement. La vraie question est de se demander pourquoi le pays est toujours aussi pauvre après bientôt 60 ans d’indépendance… Avec le code minier de 2002, nous avons attiré des investisseurs qui ont investi des milliards. Mais, est-ce qu’on a réduit cette pauvreté ? Le meilleur avocat des entreprises minières, c’est la communauté locale. Tant que cette communauté locale ne se sent pas impliquée, ne participe pas au projet, vous aurez des problèmes. Je pense notamment à l’envahissement des sites par les creuseurs et aux communautés qui se rebellent. On a changé le code minier pour essayer d’améliorer un tant soit peu la vie des Congolais, donc celle des communautés locales.

M&B : Revenons-en à la scission…

STW : Certains, en tant qu’investisseurs de poids, ont souhaité marquer leur désaccord en faisant scission. Mais je pense que c’est un échec. Le nouveau Président est d’ailleurs sur la même ligne que l’ancien et veut tenir ce cap de la réforme pour que le Congolais moyen puisse bénéficier des ressources naturelles de son sol et de son sous-sol. Lors de cet appel à l’union à la DRC Mining Week, on a notamment évoqué le fait que les sociétés minières doivent investir dans les infrastructures, les immeubles, avec beaucoup plus d’énergie ! Les miniers ne construisent pas, ils n’ont pas investi dans ces infrastructures. Pouvoir exiger d’eux qu’ils construisent dans la province où ils opèrent, et qu’ils ne se contentent plus de louer des préfabriqués est une des réformes du nouveau code. Ils doivent marquer leur attachement au Congo, montrer qu’ils investissent sur le long terme. 

M&B : La discussion lors de la DRC MW a également porté sur le « cas » chinois. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

STW : Oui, c’est vrai on a évoqué ce cas, comme vous dites, parce que beaucoup pensent qu’ils font bande à part. Or, moi, je ne le pense pas. Il y a un choc culturel, qui se pose entre nous, et qui ne se pose pas avec les Européens. Les investisseurs chinois contrôlent entre 70 et 80 % de la production de cuivre et de cobalt, et il est donc important qu’ils soient avec nous pour résoudre ensemble les défis que nous avons. On a constaté qu’eux aussi se sentent un peu repoussés alors que nous pensons qu’ils nous évitent ! Essayer d’être ensemble, de se parler au-delà des barrières linguistiques est important. La chambre des mines va dans ce sens-là et se situe comme rassembleur. D’autant que les problèmes généralement rencontrés par les Chinois ne sont pas vraiment différents des problèmes rencontrés par les autres !

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