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LOUIS WATUM – PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES MINES À LA FEC

Comment analysez-vous la crise actuelle ?

*Comme dans plusieurs autres pays l’exécutif en RDC a d’abord tâtonné au début, car il faut l’avouer cette pandémie a surpris même les nations considérées comme championnes de l’anticipation et planning stratégiques, puis s’est ressaisi et a pris les mesures courageuses que nous connaissons. L’une d’elles, non négligeable, a été la fermeture de nos frontières quelques jours à peine après l’apparition des premiers cas, sans attendre plusieurs semaines comme ce fût le cas en occident et en aux États-Unis qui paient un prix très lourd à ce jour; -Elle n’épargne personne et va demander un recadrage de notre façon de travailler, faire des affaires, voyager et même vivre en société; -Elle met les projecteurs sur la qualité des infrastructures hospitalières en général au pays qui laissent à désirer et nécessitent de gros efforts d’amélioration; -Elle met également en évidence le fait que les mesures de riposte doivent tenir compte du contexte socio-économique particulier du pays. Ainsi il est impératif que l’État prenne des mesures courageuses telles que la réduction de son train de vie, l’exonération partielle ou totale de certains secteurs de l’économie tels que l’importation des denrées de première nécessité, des produits pharmaceutiques et autres équipements nécessaires dans la riposte contre le covid-19 etc., ainsi que des mesures exceptionnelles d’assistance aux plus démunis.

Quelles en sont les conséquences pour la RDC ?

Il y en a quelques-unes : – L’économie du pays qui déjà ne se portait pas bien avant le Covid, sera frappée encore plus durement par les effets combinés de sa dépendance sur les revenus miniers qui constituent 20% du budget national, le ralentissement de la Chine qui consomme près de 90% du cuivre et cobalt que nous produisons, ainsi que la baisse des cours des métaux. – L’autre choc négatif sur notre économie viendra du fait que l’État devra emprunter pour faire face à ses obligations en ce temps de crise, engendrant ainsi une augmentation de la dette publique et un risque d’hyperinflation au cas où il recourrait à la planche à billets. – Il sied également de noter qu’une grande partie de nos biens de consommation sont importés. Les lockdowns imposés par plusieurs pays au travers desquels nos importations transitent font que même si l’importation des cargos est toujours permise les mouvements sont cependant fortement réduits suite à la mise en quarantaine de nombreux services affectés aux formalités administratives de transit, import et export, avec pour résultat une pénurie des biens de consommation sur le marché et une augmentation des prix qui va fortement éroder le pouvoir d’achat du consommateur. – D’autres effets négatifs qui se font déjà sentir sont l’affaiblissement de l’entreprenariat ainsi que du secteur informel de l’économie suite aux mesures de confinement et distanciation sociale, ainsi que l’augmentation du chômage causant une aggravation de la pauvreté déjà insupportable pour nos populations

Comment voyez-vous l’après COVID? 

Tout comme le reste du monde, après Covid la RDC fera certainement face à une conjoncture économique de stagflation. Le pays n’aura alors d’autres choix que de sérieusement et rapidement réfléchir à l’adoption des stratégies lui permettant de monétiser la reconstruction de son économie en recourant à ses ressources naturelles ainsi que son capital humain. Cela sous-entend des fortes mesures d’éradication de la corruption qui est l’ultime poison. En effet 90 millions d’habitants ne peuvent pas tous souffrir à cause de la corruption d’un nombre restreint. L’État devra également avoir le courage d’entreprendre les réformes économiques nécessaires qui permettront d’un côté de rendre le pays attractif aux investissements, et de l’autre d’assurer un développement durable ainsi qu’une croissance économique soutenue. Enfin, je l’espère en tout cas, une prise de conscience par nos autorités sur la nécessité urgente de doter le pays d’infrastructures sanitaires adéquates, assurer l’autosuffisance alimentaire du pays, diversifier notre économie, renforcer nos capacités en milieu rural, notamment en matière d’éducation et d’infrastructures, inclure la femme en milieu rural dans l’économie formelle, et enfin, seulement enfin, savoir ce qu’on veut faire de nos minerais pour le développement de notre propre économie et non celle des autres. 

Propos recueilli par Marie-Aude Delafoy

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Par Miningandbusiness

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