Mining and Business s’est entretenu avec le Dr Assheton Carter, directeur exécutif de l’Alliance du Cobalt Équitable. Cette plateforme d’action multipartite a été lancée en août 2020. Elle rassemble des acteurs de toute la chaîne d’approvisionnement pour canaliser des ressources vers l’amélioration des conditions de vie des communautés minières du cobalt.
Parmi ses membres, figurent des sociétés minières opérant en RDC, telles que Glencore et CMOC, le négociant de cobalt IXM, le raffineur de cobalt Huayou Cobalt, le fabricant de batteries Amperex Technology Limited, ainsi que des marques automobiles telles que Tesla, Volvo Cars et Sono Motors et des fabricants de produits électroniques comme Fairphone, Signify et Shift.
L’Alliance comprend également des organisations à but non lucratif et des associations industrielles telles que la Responsible Cobalt Initiative (RCI), Save the Children et le Miller Centre of Social Entrepreneurship.
La vision de l’Alliance du Cobalt Equitable pour l’avenir du secteur du cobalt est audacieuse, mais son travail sur le terrain ne fait que commencer.
M&B : Au fil des ans, l’exploitation minière du cobalt a fait l’objet d’une image négative en raison de son association avec le travail des enfants et les conditions de travail dangereuses que l’on trouve sur certains sites. Les mines artisanales ne représentent qu’une part faible de la production congolaise de cobalt, mais ont conduit à une désaffection mondiale pour ce minerai. Pourquoi l’Alliance du Cobalt Equitable et ses membres s’engagent-ils avec les artisanaux, malgré les risques de mauvaise réputation ?
La transition énergétique mondiale vers une technologie durable, basée sur les batteries, accroît le besoin en cobalt. Bien que la part de cobalt provenant des mines artisanales soit relativement faible par rapport à la production des mines industrielles, elle fournit encore jusqu’à 10% de la demande mondiale.
Nous devons considérer le secteur minier artisanal non seulement comme une activité servant d’intrant aux biens de consommation, mais aussi reconnaître son importance en tant que créateur d’emplois. Plus de 150 000 hommes et femmes ont choisi l’extraction artisanale du cobalt comme moyen de subsistance. En raison de son importance et de son potentiel pour le développement local, le gouvernement de la RDC a reconnu et intégré l’exploitation artisanale dans son code minier.
Nous savons que le cobalt artisanal fera partie du mix mondial dans l’avenir. Par conséquent, au lieu de nous désengager du secteur et d’essayer de prendre de la distance par rapport à sa réputation, nous devons au contraire prendre les devants et aider à traiter les causes profondes du travail des enfants et à lutter contre les mauvaises conditions de santé et de sécurité dans le travail dans la trentaine de mines artisanales actuellement en production.
Le cobalt artisanal ne disparaîtra pas, et nous avons tous la responsabilité de nous engager et d’investir dans son avenir durable. C’est l’objectif de l’Alliance du Cobalt Equitable.
Comment l’Alliance du Cobalt Equitable est-elle structurée ?
L’Alliance du Cobalt Equitable est une plateforme d’action gouvernée par ses membres, mise en place pour améliorer la vie des communautés minières en RDC et construire un secteur du cobalt congolais équitable et responsable. Nous sommes unis par la conviction de nos membres que le changement est possible.
Gérée par The Impact Facility, l’Alliance du Cobalt Equitable cherche à s’aligner sur le nouveau gouvernement de la RDC au niveau national et à travailler en étroite collaboration avec les autorités au niveau provincial. Nous nous associons directement aux coopératives minières artisanales, aux ONG congolaises et aux organisations de la société civile internationale et congolaise. En tant que plateforme d’action, nous travaillons d’abord par le biais de partenariats, en cherchant à fournir une assistance technique, un soutien commercial et des capitaux d’investissement pour professionnaliser les mines artisanales. Deuxièmement, nous nous efforçons de lutter contre le travail des enfants par le biais d’un mécanisme de remédiation du travail des enfants géré localement. Ceci est actuellement en cours de développement. Troisièmement, nous allons étendre notre travail pour favoriser la diversification de l’économie locale en collaboration avec les entrepreneurs et les entreprises qui cherchent à opérer dans la région.
Conscients du fait que les ressources sont rares et que les questions en jeu requièrent une attention urgente et une action décisive, nous cherchons à éviter la duplication des efforts, en nous engageant à partager les ressources de formation, à aligner les efforts de suivi et à rendre compte de manière transparente des progrès réalisés et des leçons apprises avec d’autres initiatives et plateformes internationales travaillant dans le cadre du Cobalt artisanal.
Comment cela fonctionne-t-il en pratique ? Et plus important encore, que fait l’Alliance du Cobalt Equitable sur le terrain ?
Lorsque nous avons lancé le projet fin 2020, nous avions l’intention de commencer à travailler avec les coopératives CMDS et COMIKU qui exploitent les sites de Kasulu et Kamilombe. Depuis, le gouvernement a changé, et l’Entreprise Générale du Cobalt a annoncé qu’elle commencerait ses opérations prochainement. À la lumière de ces développements, les investissements dans les mines ont été mis en attente, car nous attendons les conseils du gouvernement pour savoir où nous pouvons apporter le plus de valeur ajoutée aux communautés locales. Nous cherchons à offrir aux
partenaires de la chaîne d’approvisionnement la possibilité d’un engagement à long terme qui justifierait l’investissement nécessaire à la professionnalisation de ces sites miniers. Des investissements qui permettent, par exemple, une planification adéquate de la mine, pour réduire la profondeur des tunnels, une formation régulière des travailleurs, une réponse et une gestion appropriées des incidents, etc. Par conséquent, pour l’instant, notre équipe basée à Kolwezi s’est concentrée sur le travail au sein des communautés autour de Kasulu et Kamilombe.
Donnez-nous des exemples concrets, s’il vous plait ?
Voici trois exemples de notre travail sur le terrain :
- Fin juillet, une formation aux premiers secours organisée avec la coopérative locale CMDS a ciblé plus de 50 mineurs travaillant sur le site de la mine de Kamilombe. Cette formation était un premier effort pour leur fournir les connaissances et les outils nécessaires pour répondre aux urgences médicales et aider leurs collègues mineurs.
- Plus largement, nous organisons une campagne de sensibilisation à la santé et à la sécurité au travail (SST) qui débutera en septembre. Cette campagne a été conçue pour sensibiliser aux pratiques de sécurité dans les mines. Pendant la campagne, nous organisons des spectacles de théâtre à Kapata (la communauté proche du site minier de Kamilombe) avec la participation des autorités provinciales et de plusieurs centaines de travailleurs de la mine.
- Simultanément, l’Alliance du Cobalt Equitable développe activement un mécanisme de remédiation du travail des enfants afin de référer efficacement les cas de travail des enfants sur les sites miniers associés. Le système est développé et testé en collaboration avec nos partenaires internationaux et locaux. Il permettra aux exploitants des sites miniers de notifier et de soumettre les cas de travail des enfants à des gestionnaires de cas accrédités. Ces gestionnaires de cas planifieront à leur tour un plan de remédiation individuel pour chaque enfant et aideront l’enfant et sa famille par le biais de l’inscription à l’école, d’une allocation de subsistance et de soins alternatifs si nécessaire.
Alors, quelle est la prochaine étape pour l’Alliance du Cobalt Equitable ?
Nous sommes encouragés par l’ambition du gouvernement de formaliser et de professionnaliser le secteur artisanal. Nous sommes prêts à joindre nos efforts à ceux de nos partenaires locaux et internationaux pour aider à transformer autant de sites miniers qu’il est légalement possible.
Nous sommes conscients que nous avons un long chemin à parcourir et que beaucoup de travail doit être fait. Mais nous sommes convaincus que, tant que nous collaborons, le changement est possible.