La RDC a lancé une réforme douanière visant à mettre fin à des années de lourdeurs administratives et de pratiques corruptrices qui étouffaient le commerce, a annoncé le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku.
La réforme, présentée comme une priorité de l’exécutif, cible explicitement les réseaux d’agents qui, selon le ministre, faisaient délibérément traîner les procédures pour en tirer des pots-de-vin, au détriment des opérateurs économiques et des recettes de l’État.
« 89 documents, 89 occasions de payer »
« Il faut 89 documents à obtenir pour devoir opérer une opération d’exportation de sa marchandise. 89. Imaginez-vous, si vous devez passer chez 89 personnes pour avoir le document, et que seulement chacun vous demande 10 dollars, ça fait 890 dollars que vous devez dépenser », a dénoncé M. Paluku, lors d’une interview avec Top Congo.
Il a rappelé qu’un conteneur pouvait auparavant passer « plus de 200 heures en attendant les documents » à la frontière, une situation qui « mettait fin à des pratiques auxquelles se livraient nos agents des administrations ».
La solution mise en œuvre repose sur un « guichet unique » électronique, alimenté en amont par les données fournies par le prestataire de contrôle BIVAC au point d’embarquement des marchandises à l’étranger. Toutes les informations (nature, quantité, valeur des produits) sont ainsi saisies et verrouillées avant même l’arrivée en RDC.
« La DGDA (Direction générale des douanes et accises) n’a plus de marge de manœuvre pour changer le contenu de la marchandise », a affirmé le ministre. « Donc, si le conteneur renseigne qu’il y a 10 000 articles, la DGDA n’a plus de marge de changer la nature ni la valeur. »
BIVAC (Bureau Veritas Inspection, Valuation, Assessment, and Control) désigne principalement les activités de la société française Bureau Veritas en RDC, où il agit en tant qu’agent chargé de l’inspection avant expédition (PSI) des marchandises importées, vérifiant la conformité aux normes pour l’Office congolais de contrôle (OCC). Selon l’OCC, BIVAC garantit la qualité, renforce les capacités locales et facilite les échanges commerciaux en délivrant des certifications (Attestation de Vérification) ou des avis de refus pour les marchandises d’une valeur supérieure à 2 500 dollars, gérés via son portail en ligne.
Menaces de « pannes voulues »
M. Paluku a reconnu les résistances internes, évoquant même des tentatives de saboter le nouveau système. « Des fois, on est en train de créer des pannes pour revenir au système manuel de traitement des informations et ainsi échapper à la possibilité de mettre la base », a-t-il soupçonné, en référence à une panne récente sur un système similaire.
« Le ministre des Finances a dit clairement à tous les agents commis à la douane que celui qui va se constituer un obstacle dans la mise en œuvre de cette réforme sera la proie du gouvernement congolais », a-t-il averti.
La RDC a récemment ratifié deux accords clés de l’OMC en juillet 2025 : l’Accord sur la facilitation des échanges (AFE) pour simplifier le commerce et l’Accord sur les subventions à la pêche pour protéger ses ressources halieutiques et lutter contre la pêche illégale, ce qui lui ouvre droit à une assistance technique de l’OMC et renforce sa position économique internationale.
« On ne va pas accepter que nous, nous soyons un État qui, souvent, est étiqueté au niveau international comme ayant des procédures lourdes à cause de trois ou quatre agents qui mettent l’argent dans leurs poches », a précisé M. Paluku.
Elisha IRAGI pour M&B Magazine

