La validation par le Fonds monétaire international (FMI) de la deuxième revue du programme de la RDC au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), le 19 décembre, livre plusieurs signaux structurants sur l’état et les fragilités de l’économie congolaise. Au-delà du décaissement immédiat de 442 millions de dollars, l’institution met en lumière quatre enseignements majeurs. Décryptage.
1. Économie résiliente, fortement dépendante du secteur extractif
Malgré la persistance du conflit armé dans l’Est du pays, depuis les prises de Goma et Bukavu et celle plus récente d’Uvira, et une crise humanitaire aiguë ((plus de 7,8 millions de personnes déplacées et 4,19 millions de personnes en insécurité alimentaire selon l’OCHA), l’économie congolaise a fait preuve de résilience.
Le FMI anticipe une croissance du PIB réel supérieure à 5 % en 2025 et 2026, portée principalement par le dynamisme du secteur extractif, notamment le cuivre. « La stabilité externe s’est renforcée grâce aux exportations et aux prix élevés du cuivre, malgré la suspension temporaire des exportations de cobalt pendant la majeure partie de 2025 », note le FMI.
Cette performance masque toutefois une dépendance structurelle : la croissance hors industries extractives reste nettement plus modérée. « L’activité économique demeure résiliente, soutenue par la vigueur du secteur extractif », souligne le directeur général adjoint du FMI, Kenji Okamura, tout en appelant à une diversification plus inclusive de la croissance.
2. Désinflation rapide et assouplissement prudent de la politique monétaire
La revue du FMI confirme une amélioration marquée du cadre macroéconomique. L’inflation a chuté de 11,7 % fin 2024 à 2,2 % en novembre 2025, sous l’effet d’une politique monétaire restrictive et de la forte appréciation du franc congolais. Le taux de change du dollar est passé de 2800 CDF à 2230, selon le taux indicatif de la BCC au 29 décembre, vérifié par M&B Magazine.
Dans ce contexte, la Banque centrale du Congo a abaissé son taux directeur de 25 % à 17,5 % début octobre. Le FMI juge cette orientation « appropriée », tout en insistant sur la nécessité d’une politique monétaire « prudente et fondée sur les données », face aux incertitudes sécuritaires et à la volatilité des matières premières.
« Ces résultats sont le fruit d’interventions ciblées, notamment la cession de 50 millions de dollars sur le marché des changes le 18 août 2025, l’actualisation du taux de change appliqué à la réserve obligatoire et une meilleure gestion de la liquidité bancaire », expliquait la BCC.
La banque prévoit que l’inflation continuera de décélérer pour atteindre 6,8 % dans les 12 prochains mois, tandis que le taux de change devrait se stabiliser à un niveau inférieur et la croissance économique rester robuste en 2026.
3. Discipline budgétaire sous pression sécuritaire
Sur le plan budgétaire, le FMI salue une mise en œuvre globalement « satisfaisante » du programme : tous les critères de performance ont été respectés, à l’exception d’un critère continu lié aux pratiques de change multiples, pour lequel une dérogation a été demandée et la mesure déjà abandonnée.
Malgré tout, l’institution pointe un point de fragilité central : le poids croissant des dépenses de sécurité.
Celles-ci ont pesé sur l’exécution budgétaire et entraîné des écarts sur les objectifs indicatifs, notamment le plancher des dépenses sociales. « Les dépenses de sécurité devraient rester élevées à court terme », avertit le FMI, appelant à maintenir une discipline budgétaire stricte et à réduire la dépendance aux recettes extractives.
Lors de la défense du projet de loi, le 18 novembre, face à l’Assemblée nationale par la Première ministre Judith Suminwa, le projet de loi, chiffré initialement à 59 000 milliards CDF, consacrait au moins « 11 000 milliards aux dépenses sécuritaires, soit près de 30 % du budget général, en vue de faire face notamment à la guerre qui prévaut dans l’Est de la RDC ».
Le Parlement a adopté définitivement le projet de loi de finances pour l’exercice 2026, après son approbation par le Sénat le 15 décembre.
4. Réformes structurelles engagées, mais encore incomplètes
La revue met en évidence des avancées notables dans les réformes structurelles, avec sept repères sur huit atteints dans le cadre de la FEC. Le dernier, relatif à la généralisation de la facture normalisée de TVA, a été mis en œuvre avec un léger retard. Et ce retard risque de se prolonger pour un moment encore.
Le gouvernement et la Fédération des entreprises du Congo (FEC) ont convenu de plusieurs mesures d’ajustement pour faciliter l’application de la réforme de la facture normalisée, devenue obligatoire depuis le 1er décembre. « Il s’agit d’une réforme structurante, mais qui doit être appliquée de manière pragmatique et concertée », a déclaré le ministre des Finances, Doudou Fwamba, annonçant une série de mesures destinées à « lever les obstacles opérationnels rencontrés par le secteur privé ».
La FEC faisait état de trois principales préoccupations. L’absence d’un manuel d’utilisation du module de contrôle fiscal (MCF), la lenteur du processus d’homologation des systèmes de facturation d’entreprise (SFE) et des limitations techniques de la plateforme électronique de l’administration fiscale (e-UF) face à un volume élevé de transactions.
Le ministre a également annoncé la neutralisation, pour une période de deux mois couvrant décembre et janvier, des sanctions liées au droit de déduction et aux amendes. « Cette période transitoire permettra aux entreprises de s’ajuster sans pression excessive », a-t-il précisé.
La revue du FMI note cependant que les engagements liés à la Facilité pour la résilience et la durabilité, notamment sur les risques climatiques et la gestion des catastrophes naturelles, ont été respectés.
Le FMI insiste toutefois sur la nécessité d’accélérer les réformes de gouvernance, de lutte contre la corruption et d’amélioration du climat des affaires. « L’accélération des réformes est essentielle pour soutenir le développement du secteur privé et promouvoir une croissance diversifiée, durable et inclusive », a souligné M. Okamura.
Elisha IRAGI pour M&B Magazine

