À l’occasion de sa participation à la 56ᵉ réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF), tenue du 19 au 23 janvier 2026 à Davos, la République démocratique du Congo a déployé un discours offensif pour repositionner son image sur la scène internationale.
Kinshasa y a présenté un pays décidé à « passer d’une économie d’extraction à une économie d’industrialisation durable », misant sur son potentiel minier, énergétique et environnemental pour s’imposer comme un acteur central de la transition mondiale.
Avant Davos, une stratégie de repositionnement
Selon Tina Salama, porte-parole du chef de l’État, la présence de Félix Tshisekedi à Davos relevait d’une « dynamique stratégique visant à positionner la RDC comme un véritable pays-solutions au cœur des enjeux globaux ». Dans une interview à Radio Okapi, elle expliquait que Kinshasa entendait proposer des « partenariats gagnant-gagnant dans le respect de ses intérêts stratégiques », tout en liant développement économique et quête d’une paix durable.
Le message reposait sur plusieurs piliers. Le rôle clé de la RDC dans la transition énergétique et technologique, en tant que fournisseur majeur de minerais critiques indispensables aux batteries électriques et aux technologies vertes. La RDC produit environ 63 % du cobalt mondial, dont environ 80 % proviennent des mines de cuivre industrielles et les 20 % restants sont extraits par l’exploitation minière artisanale. Ensuite, son potentiel hydroélectrique, présenté comme un levier pour une énergie propre et compétitive à l’échelle régionale et mondiale. Enfin, l’argument environnemental, avec la mise en avant d’initiatives comme le projet du « Couloir vert Kivu-Kinshasa », symbole d’un développement conciliant croissance et préservation de la biodiversité.
Sur son compte X, la Présidence affirmait que forte de son statut d’État membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la RDC considère le Forum de Davos comme une « importante fenêtre d’opportunité diplomatique ».
Le pays prévoyait d’y « défendre le multilatéralisme, promouvoir le dialogue entre les nations et plaider pour des efforts renforcés en faveur d’une paix durable, respectueuse de ses intérêts stratégiques et de la stabilité régionale », résume Radio Okapi. Pour Mme Salama, la RDC ambitionnait de faire « entendre sa voix, de renforcer ses partenariats internationaux et de consolider sa place comme acteur incontournable des solutions globales aux défis du XXIᵉ siècle ».
À Davos, appelle à la transformation la chaîne de valeur
C’est avec cet agenda à l’esprit que Félix Tshisekedi est intervenu, le 21 janvier, lors de la session consacrée aux « partenariats stratégiques sur les minerais et les investissements ». Devant un parterre de décideurs économiques et politiques, il a posé le décor : la transition énergétique mondiale ne pourra réussir sans chaînes d’approvisionnement « fiables, éthiques et responsables ». Et la RDC, a-t-il insisté, n’entend plus jouer le rôle de simple fournisseur de matières premières.
« Le moment est venu de substituer la dépendance par le partenariat », a lancé le chef de l’État, appelant à une redéfinition des relations entre pays producteurs et consommateurs, articulant son propos autour de trois engagements.
Le premier concerne la sécurité par la diversification. Félix Tshisekedi a plaidé pour des investissements massifs dans l’exploration de nouveaux gisements, estimant que « la sécurité de vos marchés dépend de la pluralité et de la robustesse de nos sources d’approvisionnement », comme le rapporte Actualité.cd.
Le deuxième engagement, au cœur de son discours, porte sur la transformation locale. « Le temps de l’extraction pure est désormais révolu », a-t-il martelé, appelant à la délocalisation des activités de raffinage et de fabrication de composants au plus près des zones de production. Pour lui, la création d’une main-d’œuvre qualifiée sur place est une condition de la stabilité de l’offre mondiale et d’une meilleure redistribution de la richesse. « En transformant nos ressources sur notre sol, nous passons d’une économie d’extraction à une économie d’industrialisation durable », a-t-il affirmé, insistant sur le caractère désormais « impératif » de cette création de valeur locale.
Le troisième engagement concerne l’innovation financière et industrielle. Kinshasa appelle à dépasser les schémas classiques pour bâtir des partenariats fondés sur des mécanismes financiers innovants, capables d’attirer des capitaux de long terme vers des projets intégrateurs et des corridors de développement industriel.
Félix Tshisekedi a invité les partenaires internationaux à « voir loin » et à accepter de prendre des risques aux côtés de la RDC, dans un cadre respectueux de la souveraineté des États et porteur de « prospérité partagée ».
De retour de Davos et après une escale privée à Bruxelles, le président de la République a rencontré son homologue français Emmanuel Macron. Les échanges ont porté sur des questions bilatérales ainsi que sur la situation dans la région des Grands Lacs, selon RFI.
M&B Magazine


