La RDC se rapproche d’une décision sur la vente de Chemaf, le producteur de cuivre-cobalt devenu « un test politique majeur » de son nouveau partenariat minier avec les États-Unis, alors que plusieurs candidats, locaux et étrangers, se disputent le contrôle de cet actif, rapportent Semafor et le Financial Times.
Selon un exclusif de Semafor daté du 26 janvier, la banque nigériane United Bank for Africa (UBA) prépare une facilité de trésorerie de 50 millions de dollars destinée au négociant congolais Buenassa pour soutenir son offre sur Chemaf. Semafor ajoute la Rawbank aurait proposé jusqu’à 300 millions de dollars liés au projet de raffinerie de Buenassa dans la province du Lualaba, dans le cadre d’un mandat non exclusif et d’un plan de financement plus vaste (phase 1 estimée à 700 millions), d’après une note datée du 14 novembre 2025 consultée par le média.
Eddy Kioni, patron de Buenassa, a déclaré à Semafor que la société « serait ouverte à s’associer avec la Gécamines et des partenaires américains », visant à orienter la production « principalement vers les États-Unis ».
Dossier complexe
Quatre jours plus tard, le Financial Times a précisé que la décision pourrait intervenir « dans les prochains jours », lors d’une réunion ministérielle sur les minéraux critiques à Washington. « Dans les prochains jours environ, nous devrions être en mesure de décider de la voie à suivre. Nous savons que le temps presse. Il faut aller vite pour finaliser cela », a déclaré le ministre des Mines, Louis Watum au FT.
Le FT indique que Washington pousse en priorité pour attribuer Chemaf à un consortium mené par Virtus Resources, un groupe créé par d’anciens responsables des services de sécurité et du renseignement américains, accompagné notamment du fonds Orion et du groupe indien Lloyds Metals.
Un responsable du département d’État cité par le FT a souligné l’enjeu symbolique. « Il est important d’avoir un premier investissement phare américain dans la région, pour montrer que l’excitation du secteur privé américain est réelle et que l’investissement dont nous avons parlé se matérialisera », a-t-il confirmé.
Chemaf, basé à Dubaï et propriétaire notamment du projet Mutoshi, est en vente depuis fin 2023. Une tentative de cession à un Norin Mining (Chine) avait été annoncée en 2024 mais n’a pas abouti, faute d’agréments. Le dossier présente une complexité qui s’ajoute aux négociations. La famille Virji, propriétaire de Chemaf, l’État congolais (5 %), ainsi que la société Trafigura, créancière incontournable après un prêt de 600 millions de dollars consenti en 2022, détiennent des leviers de blocage, note le FT.
Rebondissement encore possible
Le groupe produit aujourd’hui moins de 20 000 tonnes de cuivre par an sur le site d’Étoile ; son projet Mutoshi nécessite un plan d’investissement (extension estimée à 300 millions de dollars) pour atteindre un potentiel important en cobalt, relève le FT.
Le dossier Chemaf s’insère dans une compétition plus large pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques de la RDC. Selon Semafor et des sources citées par Reuters, Kinshasa a récemment soumis à Washington une liste d’actifs publics (manganèse, cuivre-cobalt, lithium, etc.) dans le cadre du partenariat minier américano-congolais.
Aucun accord n’était officiellement confirmé, au 4 février, et plusieurs personnes proches du dossier indiquent que « Virtus est en tête de négociations », tandis que d’autres ont confiaient que « l’accord n’était pas encore finalisé et pouvait encore évoluer », confie le FT.
En somme, la situation peut encore évoluer tandis que Kinshasa et ses partenaires internationaux cherchent un acquéreur capable non seulement d’acquérir Chemaf, mais aussi de financer son développement.
M&B Magazine


