Q/ D’où vient l’idée du FOGEC ?
Du Chef de l’État, à qui j’adresse un message d’encouragement dans la situation sécuritaire préoccupante. Il a très tôt compris qu’il était indispensable d’accompagner les entrepreneurs congolais, parce que l’économie reste largement dominée par des opérateurs étrangers, notamment dans le secteur minier. Nous savons que les ressources minières ne sont pas éternelles. Il fallait donc penser à la diversification de l’économie et préparer l’après-mine. Cela passait par le développement d’un tissu entrepreneurial national solide, porté par des Congolais. Mais un obstacle majeur freinait cette ambition : l’accès au financement. Les entrepreneurs congolais avaient, et ont encore, d’excellentes idées, des projets viables, mais très peu de garanties à présenter aux institutions financières. Le Chef de l’État a estimé qu’il fallait créer un mécanisme capable de combler ce déficit de garanties, c’est le Fonds de Garantie de l’Entrepreneuriat au Congo (FOGEC).
Q/ Le dispositif fonctionne-t-il pleinement aujourd’hui ?
Les besoins restent considérables et le chantier demeure progressif. Avant le FOGEC, l’accès au crédit pour les PME et microentreprises était quasi inexistant, faute de formalisation et de bancarisation. Depuis sa mise en œuvre, le FOGEC a permis à de nombreux entrepreneurs d’accéder pour la première fois au financement bancaire, dans des conditions inédites : taux d’intérêt autour de 5 %, maturités de trois ans et périodes de grâce. Le Fonds n’a pas vocation à résoudre l’ensemble des difficultés en quelques années, mais à enclencher un changement structurel durable.
Q/ Le FOGEC est-il fidèle à la vision présidentielle initiale ?
Le FOGEC n’a jamais été pensé comme un instrument conjoncturel lié à un cycle politique, mais comme un outil pérenne de transformation économique. Cinq ans après sa création, un basculement est amorcé : là où le système était bloqué, un mécanisme structurant existe désormais. À long terme, le FOGEC est appelé à devenir l’un des leviers durables de l’économie congolaise.
Q/ Il existe un malentendu sur le fonctionnement de votre institution, que certains confondent à une banque… La confusion est fréquente et légitime. À la différence d’une banque qui collecte l’épargne et octroie directement des crédits, le FOGEC ne collecte pas l’épargne. Il intervient comme garant, facilitant ainsi l’octroi de crédits par les banques. Sans garantie, de nombreux projets n’auraient jamais été financés. La garantie est donc un levier de financement indirect essentiel. Si le FOGEC devenait une banque, il faudrait recréer… un fonds de garantie. Cela n’aurait aucun sens. Nous nous adressons aux Congolais entrepreneurs, exerçant une activité économique génératrice de revenus et d’emplois. Cela inclut aussi bien la vendeuse de pain, le cireur de chaussures, le journaliste indépendant que le chef d’entreprise structuré. En revanche, nous exigeons un minimum de formalisation. L’entrepreneur doit être enregistré, notamment auprès de la DGI ou via le guichet unique. L’ADN du FOGEC, c’est le service à l’entrepreneur congolais, notre priorité, au centre de tout.
Q/ De quelles réussites êtes-vous le plus fier ?

Le résultat le plus tangible est l’accès effectif des entrepreneurs congolais au crédit bancaire. Depuis 2020, le FOGEC a permis de mobiliser plus de 3,2 millions de dollars en financements au profit des entrepreneurs. Ce montant reste en deçà des besoins réels du pays, il s’agit d’un premier pas. Ces financements ont été octroyés après une analyse rigoureuse et un traitement strict des dossiers transmis aux banques partenaires. À ce jour, plus de 125 entrepreneurs ont bénéficié de ce mécanisme pour un volume d’environ 2,8 millions de dollars. Le produit portefeuille, mis en œuvre en partenariat avec SMICO, a permis à plus de 40 entrepreneurs d’accéder à des financements totalisant 186 000 dollars. Certains entrepreneurs ont été accompagnés sous forme de subventions, un produit temporairement suspendu depuis 2023, mais dont la relance est prévue. Le FOGEC a également investi dans des actions de sensibilisation, d’éducation financière, de formation et de vulgarisation pour plus de 300 projets depuis la création du FOGEC.
Q/ Le déficit de visibilité du FOGEC est-il un frein ?
La faible communication initiale était volontaire, en raison de ressources financières limitées. Il aurait été contre-productif de susciter un afflux de dossiers sans capacité de traitement. Depuis la régularisation de la redevance de sous-traitance en 2025, le fonctionnement du FOGEC s’est stabilisé. Trois cohortes complètes ont été financées et une quatrième, particulièrement qualitative, regroupe plus de 100 entrepreneurs pour un volume de crédits dépassant 1,8 million de dollars.
Q/ Quelle est l’ampleur réelle des besoins ?
Selon la Banque mondiale, les besoins de financement des entrepreneurs congolais atteignaient 9,7 milliards de dollars en 2017. Le FOGEC n’a pas vocation à être l’unique financeur. Un volume annuel de 100 à 150 millions de dollars permettrait déjà de répondre à une part significative de la demande. Avec seulement 25 agents, nous fonctionnons grâce à un personnel engagé et motivé. Certains entrepreneurs ont déjà remboursé intégralement leurs crédits et accèdent aujourd’hui à des montants plus élevés, illustrant un effet d’échelle progressif.
Q/ Existe-t-il des plafonds de financement ?
Initialement fixé à 50 000 dollars par projet, le plafond a été relevé en septembre 2025 à 300 000 dollars pour des projets stratégiques à fort impact économique, sur décision du Conseil d’administration.
Q/ Comment sont traitées les accusations de favoritisme ?
Le FOGEC fonctionne sur la base de critères objectifs, documentés et traçables. Aucun financement n’est accordé sans analyse préalable. La tolérance zéro face à la corruption est clairement affirmée, avec des mécanismes internes de contrôle et de sanction.
Q/ Comment le risque de non-remboursement est-il géré ?
Le risque fait partie intégrante de la mission du FOGEC, mais il est encadré par une analyse rigoureuse des projets : rentabilité, capacité de gestion, formalisation et historique. Les critères ont été renforcés au fil des cohortes afin de mieux sécuriser les fonds publics.
Q/ Quelles évolutions opérationnelles sont en cours ?
Les critères d’éligibilité sont désormais publics. Les dépôts de dossiers sont possibles physiquement, en ligne ou via des partenaires institutionnels. Un processus de digitalisation est en cours, complété par l’ouverture prévue de huit bureaux provinciaux à l’horizon 2026. La réflexion stratégique intègre désormais les enjeux logistiques, énergétiques et d’accès aux marchés.
Q/ Quelle place pour l’innovation et l’entrepreneuriat social ?
Le principal défi reste la bancabilité des projets innovants, souvent portés par des profils techniquement compétents mais insuffisamment outillés sur le plan économique. Le FOGEC accompagne ces projets à condition qu’un modèle économique viable soit démontré, parfois après une phase de structuration préalable.
Q/ Quel budget permettrait un changement d’échelle ?
Un budget annuel de 30 millions de dollars constituerait un seuil d’efficacité. Entre 40 et 50 millions, l’impact changerait radicalement d’échelle, à l’image d’expériences comparables dans la sous-région.
Q/ Comment ces ressources seront-elles mobilisées ?
Les leviers incluent le Trésor public, des comptes spéciaux, ainsi que des partenariats structurants avec des institutions financières et de microfinance. Des portefeuilles majeurs sont en discussion avec plusieurs banques, représentant potentiellement plusieurs centaines de millions de dollars.
Q/ Concrètement, qu’est-ce qui changera dans l’accès au financement ?
La digitalisation est au cœur de notre stratégie. Nous avons développé une plateforme « BOKELI », destinée à aider les entrepreneurs à structurer leurs projets et à préparer des business plans standardisés. Cette uniformisation nous permet de gagner un temps précieux dans l’analyse des dossiers. La plateforme offre également une traçabilité complète du processus : l’entrepreneur est informé à chaque étape : prise de rendez-vous, passage en comité de crédit, validation par le Conseil d’administration, transmission à l’IGF, puis à la banque. Le processus est exigeant, parfois long, mais il est nécessaire. Les procédures ne sont pas un frein : elles sont une protection, à la fois pour l’État et pour les entrepreneurs.
Q/ Quelles ambitions à l’horizon 2030 ?
Le FOGEC ambitionne de devenir une référence durable de l’accompagnement entrepreneurial en RDC, en contribuant à l’émergence de véritables champions économiques nationaux. L’objectif n’est pas seulement quantitatif, mais transformationnel : des entreprises pérennes, créatrices d’emplois et capables de lever des capitaux significatifs.
M&B


