Un glissement de terrain survenu le 11 mars 2026 sur le site minier de Safi, dans la concession de Boss Mining, a coûté la vie à onze creuseurs artisanaux dans la cité de Kakanda, territoire de Lubudi, province du Lualaba. Le Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE) a conduit une inspection technique sur le site et formulé des recommandations aux autorités compétentes. L’incident se déroule sur la concession légale PE469 de Boss Mining — une zone où toute activité artisanale est, par définition, illégale. Boss Mining, filiale d’ERG Africa et partenaire de la Gécamines, dénonce des activités non autorisées persistantes et rejette toute responsabilité dans l’accident.
Un éboulement au cœur d’une concession sous pression
L’accident s’est produit vers 6h00 du matin, lorsqu’une paroi de sable surplombant la fosse de la carrière Safi s’est effondrée sur des creuseurs artisanaux en pleine activité. Selon la société civile locale citée par l’agence Anadolu, au moins douze corps avaient été extraits des décombres en fin de journée du 11 mars. Le SAEMAPE a stabilisé le bilan à onze morts dans son rapport d’inspection publié le 13 mars. Les victimes travaillaient, selon plusieurs sources concordantes, sans mécanisme de protection.
Le site de Safi est situé à environ cent kilomètres de Kolwezi, dans le périmètre de la concession PE469, propriété de Boss Mining. L’entreprise n’y conduit pas d’exploitation directe. Elle a fait l’objet de déclarations répétées aux autorités compétentes en raison de la présence persistante d’exploitants artisanaux non autorisés dans ce périmètre.
Le SAEMAPE inspecte et formule des recommandations
Dans son rapport d’inspection du 13 mars, le SAEMAPE identifie plusieurs facteurs techniques à l’origine de l’éboulement : instabilité des matériaux, non-respect des normes de gestion de la stabilité de la fosse, mauvaise gestion des eaux de pluie et des venues d’eau souterraines, et absence totale d’encadrement des activités sur site.
À l’issue de son inspection, le SAEMAPE a formulé plusieurs recommandations : suspension des activités artisanales dans la zone affectée, retrait des militaires présents sur le site au profit de la Police des Mines et Hydrocarbures, et évaluation technique urgente des zones instables de la carrière Safi. Ces préconisations restent toutefois de l’ordre de la recommandation : le SAEMAPE n’a pas compétence pour ordonner la fermeture d’une concession minière légalement attribuée à un opérateur industriel. L’autorité de décision appartient au ministère des Mines et aux services compétents de l’État.
Boss Mining dénonce et rejette toute responsabilité
Dans un communiqué publié le 12 mars, Boss Mining a exprimé ses condoléances aux familles des victimes tout en rejetant fermement toute responsabilité dans l’accident. La société affirme que les activités à l’origine du drame « ne sont ni contrôlées ni autorisées » par elle, et qu’elle a procédé à toutes les notifications réglementaires requises auprès des autorités compétentes — ministères des Mines, de l’Environnement et de l’Intérieur, Commission nationale de lutte contre la fraude minière, ainsi que les autorités provinciales et locales concernées.
L’entreprise précise que ses équipes signalent les risques liés à la présence de creuseurs artisanaux illégaux dans la zone depuis 2022, et que des groupes armés empêchent par intermittence l’accès légal à certaines parties du périmètre.
ERG Africa, maison mère de Boss Mining, a rappelé à cette occasion que l’exploitation minière artisanale légale peut contribuer au développement socio-économique de la RDC, mais que les activités non réglementées font peser de graves risques sur les travailleurs, les communautés locales et l’environnement.
Un contexte de tension foncière ancré dans la durée
L’incident survient dans un contexte de tension durable autour de la concession de Kakanda. En mai 2025, les représentants de vingt-sept communautés locales avaient organisé une marche de protestation pour dénoncer ce qu’ils décrivent comme un pillage systématique des ressources naturelles de la zone par des opérateurs étrangers appuyés par des éléments militaires, sur fond d’inaction des autorités compétentes.
Aucune réaction officielle des ministères concernés n’avait été communiquée au moment de la publication de cet article.
M&B


