Mark Zuckerberg a choisi son camp. Le patron de Meta Platforms entend consacrer des ressources colossales à l’intelligence artificielle — et il envisage de financer une partie de ce pivot en taillant massivement dans ses effectifs.
Selon une enquête exclusive de Reuters publiée le 14 mars 2026, Meta prépare des licenciements susceptibles d’affecter 20 % ou plus de l’entreprise. Des dirigeants exécutifs auraient déjà signalé ces plans à d’autres cadres supérieurs, leur demandant de commencer à planifier les réductions. Sur la base des 79 000 salariés recensés au 31 décembre 2025, cela représenterait près de seize mille suppressions de postes.
Meta a, pour sa part, balayé ces informations. Un porte-parole du groupe, Andy Stone, a qualifié le rapport de « reportage spéculatif sur des approches théoriques ».
Le financement d’un pari à 135 milliards
La logique derrière cette potentielle restructuration est budgétaire autant que stratégique. Lors de la publication de ses résultats annuels en janvier 2026, Meta a annoncé un capex prévisionnel compris entre 115 et 135 milliards de dollars pour 2026 — contre 72,22 milliards en 2025 — afin de soutenir les efforts de ses « Meta Superintelligence Labs » et de ses activités principales. En un an, les dépenses d’investissement du groupe quasi-doubleraient.
Sur un appel avec des analystes, Mark Zuckerberg avait présenté 2026 comme une « grande année » pour les ambitions IA de Meta, décrivant la « superintelligence personnelle » — des machines susceptibles de surpasser à terme la cognition humaine — comme centrale dans la stratégie à long terme du groupe.
Pour financer un tel programme, l’entreprise cherche à alléger sa masse salariale. Les réductions envisagées interviennent alors que Meta accélère ses dépenses en infrastructure IA, ses acquisitions et ses recrutements dans le domaine de l’intelligence artificielle. Le groupe a déjà acquis des startups IA comme Moltbook, un réseau social conçu pour des agents IA, et Manus, spécialisée dans les agents IA pour l’automatisation des tâches.
Une restructuration dans la continuité
Cette éventuelle vague de licenciements ne surgirait pas de nulle part. En début d’année 2026, Meta avait déjà ciblé environ un millier d’employés de sa division Reality Labs. En 2025, l’entreprise avait procédé à des coupes portant sur près de 5 % de ses effectifs.
Si le groupe retient le seuil de 20 %, il s’agirait de la restructuration la plus importante depuis celle de fin 2022 et début 2023 — baptisée « année de l’efficacité » — au cours de laquelle Meta avait supprimé onze mille postes en novembre 2022, puis dix mille autres quelques mois plus tard.
L’« AI washing » : un débat qui dépasse Meta
La décision de Meta s’inscrit dans un mouvement plus large de l’industrie technologique, où l’intelligence artificielle est devenue l’argument de référence pour justifier les compressions d’effectifs. En mars 2026, les licenciements dans le secteur technologique américain avaient déjà atteint quarante-cinq mille en un seul mois, dont plus de neuf mille deux cents imputés explicitement à l’IA et à l’automatisation.
Mais cette rhétorique est contestée. Sam Altman, PDG d’OpenAI, a reconnu publiquement l’existence d’un phénomène d’« AI washing » : « Il y a des entreprises qui attribuent à l’IA des licenciements qu’elles auraient de toute façon effectués, et il y a aussi de vrais déplacements d’emplois par l’IA. » En janvier 2026, les États-Unis ont enregistré cent huit mille quatre cent trente-cinq suppressions d’emplois — le chiffre mensuel le plus élevé depuis 2009 — mais l’IA n’était explicitement citée que dans environ sept mille six cents cas.
Enjeux pour le secteur
Pour Meta, le calcul est clair : l’entreprise prévoit d’allouer l’essentiel de ses dépenses 2026 à l’expansion de sa division Meta Superintelligence Labs, avec un accent sur l’achat de GPU, le développement de puces propriétaires et la construction de nouveaux centres de données. Selon des estimations, le ratio capex sur chiffre d’affaires atteindrait entre 55 % et 67 % en 2026 — un niveau sans précédent parmi les entreprises technologiques profitables.
La question qui se pose désormais n’est pas tant de savoir si Meta procédera à ces coupes, mais combien de temps l’ensemble du secteur pourra continuer à justifier des licenciements massifs au nom d’une productivité IA dont les retours mesurables restent, à ce stade, largement théoriques.
M&B

