Quinze perroquets gris d’Afrique, repris des mains de trafiquants, ont été relâchés dimanche 15 mars dans leur habitat naturel au Maniema. La même semaine, deux trafiquants d’ivoire ont été interpellés à sept kilomètres de Kindu.
L’opération de remise en liberté, menée par la Fondation Lukuru en partenariat avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), s’est déroulée au centre de réhabilitation de Dingi, dans la chefferie de Bangengele, territoire de Kailo. Quatre-vingt-huit autres perroquets, jugés inaptes à regagner la forêt, y sont maintenus pour soins et suivi.
Le processus de réintroduction obéit à un protocole rigoureux. « Nous contrôlons les perroquets : aile gauche, aile droite, nous comptons les plumes, nous vérifions la queue, l’état corporel. Ceux qui sont prêts à voler sont placés dans la volière. Il faut que les plumes aient bien repoussé », explique Ibra Kitshwanda, chef du centre, opérationnel depuis 2023.
Le perroquet gris d’Afrique (Psittacus erithacus), prisé sur le marché mondial des animaux de compagnie pour ses capacités d’imitation vocale, est classé « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La RDC abrite l’une des dernières grandes populations sauvages de l’espèce.
Trafic d’ivoire : l’ICCN alerte sur une « destruction massive »
En parallèle, l’ICCN et les services de sécurité ont interpellé deux trafiquants d’ivoire en fin de semaine dernière aux abords de Kindu. Le directeur chef de site du Parc national de la Lomami dresse un constat alarmant.
« Nous suivons les animaux dans la forêt et constatons s’ils se multiplient ou diminuent. Depuis quatre ans que je suis ici, il y a des suspicions à nos barrières et dans des zones de sortie, des signes d’une destruction massive de notre biodiversité », a-t-il déclaré, appelant les communautés locales à « ouvrir l’œil et dénoncer ces crimes ».
L’arrestation intervient alors qu’un atelier de coordination venait de réunir plusieurs services pour renforcer la collaboration dans la lutte contre la criminalité environnementale au Maniema.
Le Maniema entre conservation et valorisation
Ces opérations s’inscrivent dans la politique affichée par les autorités provinciales de restaurer les écosystèmes locaux et de transformer la richesse faunistique en levier économique, notamment à travers l’écotourisme. Le gouverneur du Maniema a réaffirmé sa volonté de faire des espaces protégés de la province, dont ceux abritant les perroquets gris, des pôles d’attraction pour les investisseurs.
Le Maniema, vaste territoire forestier encore largement enclavé, demeure l’une des zones les plus affectées par le braconnage et le trafic de faune en RDC, alimentés par des réseaux criminels qui profitent de la faiblesse des contrôles et de l’immensité du couvert forestier.
M&B avec Radio Okapi

