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Kinshasa : le marché historique de Zando, salué pour son architecture, sur le point de rouvrir après cinq ans de travaux

Inauguré en janvier 1944 sous la colonisation belge, démoli puis reconstruit en 1968 pour accueillir 3 500 commerçants, le marché de Zando s’apprête à renaître sous une forme entièrement repensée. À sa fermeture en janvier 2021, il attirait près d’un million de visiteurs par jour, dans des conditions devenues insoutenables : sécurité défaillante, surpopulation, insalubrité, neuf toilettes pour l’ensemble du site et jusqu’à neuf tonnes de déchets produits quotidiennement.

« C’était dans un état très mauvais », résume M. Bakarani, promoteur du projet. « Ce n’était pas propre, c’était bondé. Vous imaginez ce que vivaient nos mères et sœurs, exposées au soleil de l’aube au crépuscule. »

La fermeture avait contraint quelque 20 000 vendeurs à se replier vers les marchés environnants, provoquant des protestations devant l’hôtel de ville de Kinshasa.

Marché africain réinventé

Conçu par le cabinet parisien Think Tank Architecture Paysage Urbanisme, le nouveau marché de Zando s’étend sur 92 000 m² et comprendra 10 000 étals, 630 boutiques, 40 chambres froides, 272 toilettes et 22 espaces bancaires. Deux food courts, une caserne de pompiers, la vidéosurveillance, le wi-fi haut débit et des écrans publicitaires complètent l’ensemble.

« Nous voulions vraiment préserver la qualité et les caractéristiques du marché africain », explique Marine de la Guerrande, membre de l’équipe de conception. « Le bâtiment a été construit en béton et en briques de terre cuite produites localement, soutenant ainsi l’artisanat et les économies régionales. » Des façades en briques perforées assurent ventilation naturelle et ombre, donnant au nouveau bâtiment, selon Bakarani, « une sensation de climatisation ».

La récupération des eaux de pluie et des cours paysagères arborées visent à renforcer la biodiversité, améliorer la sécurité incendie et promouvoir la propreté.

Pour l’architecte nigériane Tosin Oshinowo, membre du jury de la Fondation Holcim, le projet est remarquable précisément parce qu’il réinvente sans trahir. « Tant de solutions que nous recevons sur le continent sont des importations occidentales, parce que notre formation nous dit que c’est la seule façon de faire les choses », observe-t-elle. « Les marchés sont économiquement, socialement et politiquement très durables en Afrique. »

Un PPP sous haute surveillance

Le projet a été réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé entre les autorités de la ville-province de Kinshasa et Sogema (Société de gestion des marchés Africains), la société de Bakarani. La construction a été confiée à l’entreprise chinoise SZTC, sous la supervision du bureau d’ingénierie français Egis. Le coût total s’élève à environ 75 millions de dollars, financés par un prêt de la SofiBanque. Le contrat d’exploitation accorde à Sogema la gestion du marché pour 25 ans, avant transfert à l’État.

Le projet n’a pas échappé aux controverses. En mai 2024, deux organisations congolaises de lutte contre la corruption – l’Observatoire de la dépense publique (Odep) et la Ligue congolaise contre la corruption (Licoco) – ont relevé des incohérences dans le contrat, dénonçant à la fois l’incompétence des autorités publiques et un manque de transparence. Les autorités provinciales ont défendu l’accord. Bakarani, lui, réfute les accusations : « Je ne dis pas qu’il n’y aura pas de problèmes à l’avenir. Mais au moins, l’infrastructure est là. »

Au-delà de Kinshasa, Bakarani espère que Zando servira de modèle pour des projets similaires à travers l’Afrique. « J’espère que nous pourrons attirer des partenaires internationaux pour constater qu’en RDC, il existe des opportunités à explorer. Les gens rêvent encore ici. En tant qu’entrepreneurs, nous sommes déterminés. C’est notre devoir de le construire », a-t-il confié.

M&B avec The Guardian

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