Dans le Haut-Katanga, une bataille silencieuse oppose les communautés forestières aux entreprises minières attirées par le cobalt et le cuivre enfouis sous les dernières forêts protégées de la région.
À Lukutwe, localité nichée au cœur de ces massifs forestiers, les habitants veillent sur un patrimoine qu’ils considèrent autant comme un héritage culturel que comme un moyen de subsistance. Les racines d’arbres y servent encore à préparer des remèdes traditionnels.
Face à la menace, les communautés ont structuré leur défense. Des initiatives de reboisement et de production contrôlée de charbon de bois ont été lancées pour réduire l’empreinte humaine sur ces écosystèmes. La réserve forestière communautaire de Lukutwe a obtenu des titres fonciers officiels pour empêcher toute exploitation illégale, sans toujours dissuader les convoitises.
« Récemment, quelqu’un de puissant est arrivé en disant qu’il avait déjà acheté notre concession. On lui a demandé : comment ça se fait, alors que c’est nous qui avons les documents ? Il était juste venu avec des machines pour commencer des travaux », raconte Corneille Makonga, brigadier forestier, à l’AFP.
La RDC produit environ 70 % du cobalt mondial, minerai indispensable à l’industrie électronique et aux batteries. Mais cette exploitation a un coût environnemental considérable. Les rejets miniers polluent les cours d’eau, dégradent les cultures et déciment la faune aquatique.
« Il y a une période où on récoltait énormément de tomates de bonne qualité. Mais maintenant, pendant la saison sèche, les exploitants miniers nettoient leurs minerais et l’eau souillée est déversée dans la rivière avec tous les acides. Parfois les poissons meurent », témoigne Véronique Sebente, membre du comité CFCL, cité par l’AFP.
Le Haut-Katanga compte aujourd’hui 20 réserves forestières communautaires couvrant 239 000 hectares, et 12 autres sont en projet.
M&B

