Ambroise Tshiyoyo, Président de la Chambre de Commerce franco-congolaise
A l’heure où la France affirme sa volonté de réinvestir fortement en RDC, M&B a souhaité en savoir plus et a proposé à Ambroise Tshiyoyo, Président de la Chambre de Commerce franco-congolaise, de tirer un premier bilan 2018 et de nous présenter les perspectives 2019. Interview.

Mining and Business Magazine: Monsieur le Président, un premier bilan 2018 des activités de la CCIFC ?

Ambroise Tshiyoyo : Je tiens à rappeler avant tout que notre mission en tant que Chambre de commerce franco-congolaise est de créer des dynamiques d’échanges entre les deux pays. Et que ces dynamiques doivent autant bénéficier aux investisseurs français en RDC qu’aux investisseurs congolais.

Dans les faits, cette mission consiste à prodiguer de l’information économique aux investisseurs, présents ou désireux de s’implanter, de faire de la formation, de la veille juridique, d’accompagner et d’assister les acteurs économiques français en RDC et Congolais en France, et d’encourager la création de joint ventures franco-congolaises.

Sur tous ces chapitres, le cru 2018 a été particulièrement positif. On a d’ailleurs noté une nette montée en puissance des adhésions et une forte participation à nos déjeuners thématiques, sans compter le succès de la nouvelle formule de la Semaine française.

M&B : Je crois savoir que la pépinière se porte bien également…

AT : Tout à fait. Nous avons mis sur pied une pépinière destinée aux entreprises françaises désireuses d’investir en RDC. Nous leur donnons une adresse postale et leur proposons divers services. Cela leur permet de se familiariser avec l’écosystème congolais et d’affiner leur projet le cas échéant. Cela nous permet en plus, de notre côté, de vérifier l’expertise technique et la solidité financière de l’entreprise…   

M&B : Revenons sur la Semaine française 2018…

AT : Les acteurs avaient exprimé le souhait de voir l’événement devenir plus technique, plus B2B, et un peu moins grand public. Nous nous devions de répondre à cette demande. Je crois que cette formule renouvelée a su les satisfaire, sans pour autant exclure le grand public. Nous préparons d’ailleurs d’ores et déjà l’édition 2019 qui sera placée sous le thème « Sous-traitance et transformation ».

M&B : Sujet au cœur des intérêts français…

AT : Oui, et des intérêts congolais ! Il est souvent important de le rappeler.  

La France a une réelle expertise en BTP, dans l’industrie extractive, et en télécommunications notamment. La RDC est à l’évidence une véritable terre d’opportunités pour ces grands groupes de l’Hexagone. En tant que pays leader en termes de recherche et développement, doté d’une technologie très avancée, elle est un partenaire de choix pour favoriser le transfert de compétences en RDC et donc lui permettre de se développer. Mais je n’oublie pas l’industrie agro alimentaire, dont la France est, là encore, un des champions mondiaux. Entre les terres arables disponibles à bas prix, une main-d’œuvre jeune et bon marché, un climat idéal, un vivier de bientôt cent millions de consommateurs, sans compter l’espace économique sous-régional, je peine à comprendre pourquoi les grands groupes français ne sont pas présents !  

M&B : Seraient-ils trop frileux ?

AT : Peut-être… Mais c’est en grande partie du à tous ces clichés sur la RDC. Trop peu de gens en France savent que l’immense majorité du territoire est pacifié et que le risque RDC n’est finalement pas plus important que dans certains pays de l’Est de l’Europe…

M&B : Comment y remédier ?

AT : Cela fait partie de nos projets 2019. En partenariat avec l’ANAPI, nous partons à Paris présenter les opportunités d’affaires en RDC aux investisseurs français. Il faut multiplier les rencontres business en France afin de convaincre et cela passe par le fait d’apporter un éclairage nouveau sur le pays.  

M&B : Il y a peut-être aussi un manque de volonté politique ?

AT : Côté français, certainement ! (Rire) Même si les choses sont en train de changer. En rendant la circulation des acteurs économiques aussi difficile, le France ne joue pas le jeu du partenariat sur le long terme et, je le crains, n’a pas encore bien compris l’immensité du potentiel congolais. C’est vrai que la RDC se tourne volontiers vers la Chine, l’Inde, et vers d’autres pays. Mais ce n’est pas obligatoirement par choix. D’autant que les barrages linguistiques et culturels qui, rappelons-le, restent un énorme frein aux affaires, sont beaucoup plus importants.

Il y a interdépendance entre nos économies, et non plus dépendance, et chacun doit le comprendre en posant des actes forts.

 

M&B : Par exemple ?

AT : Je reste sincèrement convaincu que la France doit augmenter son offre en termes de formation des jeunes cadres congolais notamment si elle veut conserver son aura économique ici, comme le font les géants asiatiques. Car il ne faut pas oublier que ces jeunes, qui étudient en ce moment à Pékin ou Bombay seront les décideurs de demain. Elle doit aussi s’inscrire pleinement dans une logique de partenariats d’affaires équilibré.

M&B : Faut-il opérer à des rapprochements entre Chambres africaines pour solidifier les relations à l’échelle continentale ?

AT : Oui, absolument ! Et c’est aussi un de nos objectifs 2019. Nous avons déjà pris langue avec nos confrères du Maroc et de Côte d’Ivoire et comptons aller beaucoup plus loin.

M&B : Votre homologue d’Afrique du Sud, Yves Guenon, nous a également accordé une interview dans ce numéro. Il semble sur la même longueur d’onde et envisage de conduire une délégation d’investisseurs français à la DRC Mining Week 2019.

AT : C’est parfait ! Les sièges de plusieurs groupes français de taille internationale sont installés en Afrique du Sud et c’est donc une excellente chose. Je pense même qu’il serait bon que nous fassions pavillon commun lors de l’événement. Nos intérêts sont croisés. J’espère également qu’ils viendront à la Semaine française…  

M&B : On a parfois l’impression que la France semble vouloir damer le pion à la Belgique sur le terrain congolais. Qu’en pensez-vous ?  

AT : La France s’est impliquée de manière constructive ces dernières années dans la stabilisation de la situation en RDC et cela sans à priori. C’est peut-être cela qui donne cette impression. Et si je peux me permettre, sans jugement de valeur, d’évoquer l’attitude de certaines autorités de l’ancienne métropole pour la même période, j’ai l’impression qu’elles se sont immiscées de manière hasardeuse dans les affaires intérieures du Congo… Et cela ne plaît pas ! Nous avons suffisamment d’acteur en interne pour s’en charger !

M&B : Dont acte ! Et cela vaut pour tous les autres, j’imagine ?

AT : Vous m’avez compris !  

M&B : Autre chose ?

AT : Oui, deux choses. Tout d’abord, je voudrais rappeler aux investisseurs français que si le risque pays est plus élevé que dans la plupart des pays développés, le retour sur investissements est lui aussi à la hauteur. Dans l’immobilier par exemple, on note des amortissements à 8 ou 10 ans… Ce qui est tout de même exceptionnel…

Je rappellerai ensuite qu’il est encore temps pour nos deux pays de nouer un véritable partenariat gagnant-gagnant de grande ampleur, mais que le temps est compté. Je me réjouis en tout cas que les relations avec la France s’améliorent et suis certain que cela sera profitable à nos deux pays.

 

M&B : Monsieur le Président de la CCIFC, merci.

AT : Merci à vous.

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