BLOCKCHAINS ET  CRYPTOMONNAIES
Le 18 juillet dernier, tous les ministres présents au G7 Finances, s’inquiétaient de l’émergence de la « Libra ». La monnaie virtuelle que veut lancer Facebook est susceptible de menacer les attributs souverains des États. Petit tour d’horizon pour comprendre ce que tout ceci signifie pour notre pays.

Pour commencer, il faut parler de blockchains. Les définir en quelques mots est un exercice périlleux, mais une façon d’y parvenir, c’est de le faire à travers deux des plus connues : Bitcoin et Ethereum.

La blockchain Bitcoin, inventée en 2008, est une technologie libre et ouverte qui fonctionne en réseau de pair à pair, sans autorité centrale et sans passer par une institution financière. Elle permet l’échange d’unités (bitcoin ou BTC) tout en enregistrant chaque transaction dans un registre dans lequel toute modification est impossible.

Pour le dire plus simplement, voici comment se présente son fonctionnement en 4 étapes :

1. Deux personnes s’accordent sur une transaction.

2. Grâce au registre (à la blockchain donc), l’analyse de l’historique du vendeur assure qu’il possède effectivement l’actif ou les fonds, la transaction est codée et validée.

3. La transaction est ensuite inscrite puis verrouillée dans le dernier bloc du registre (de la blockchain).

4. Le registre (la blockchain) est répliqué chez tous les participants au réseau : falsifier les transactions exigerait donc de modifier les registres de l’intégralité des membres du réseau. 

Créée en 2014, la blockchain Ethereum s’inspire de la blockchain Bitcoin. Au lieu de déplacer de l’argent d’un point A vers un point B, elle est conçue pour supporter un nombre illimité d’applications.

Ethereum se distingue par les « contrats intelligents » et les « DAO » (acronyme anglais d’organisations autonomes sans organe central de contrôle). Les « contrats intelligents » sont des programmes informatiques qui enregistrent et/ou exécutent les termes d’un contrat lorsque les échéances arrivent à terme (un prêt financier, l’émission d’une action, un vote, un contrat de mariage…), les caractéristiques ayant été au préalable clairement définies. Dans le cadre d’un contrat d’assurance par exemple, si les conditions de remboursement sont réunies, alors le contrat s’exécute et opère une transaction pour indemniser l’assuré. Un « DAO » fonctionne grâce à un ou des contrats intelligents qui apportent à une communauté des règles transparentes et immuables de gouvernance et des échanges sécurisés. 

Simultanément à Ethereum d’autres blockchains (publiques ou privées) voient le jour, et de nouveaux horizons s’ouvrent aux expérimentations. Elles ont néanmoins toutes en commun de présenter des caractéristiques similaires : les données sont centralisées, cryptées en blocs, réparties uniformément sur le réseau, et les transactions, quelles qu’elles soient, sont approuvées par consensus.

ET LA RDC DANS TOUT ÇA ?

Pour parler de nous, revenons d’abord aux cryptomonnaies et aux trois raisons pour lesquelles les membres du G7 Finances partent en croisade contre la Libra de Facebook :

1. La Libra se présente comme une cryptomonnaie stable, par opposition aux monnaies virtuelles qui connaissent de fortes fluctuations (cf. bitcoin) : la future monnaie de Facebook serait adossée à un panier de devises dont les cours devraient tendre à l’équilibre et prévenir une envolée des prix au gré des variations du marché des changes.

2. Les régulateurs comme les gouvernements doivent se préoccuper des risques de blanchiment d’argent, de financement du terrorisme, de protection des données et de sécurité des transactions. 

3. Des devises cryptographiques telles que bitcoin, Ether ou Libra, contrairement aux autres devises monétaires, ne sont pas l’incarnation de l’autorité d’un État. Au contraire, elles défient le capital virtuel sur lequel reposent toutes les devises du monde : la confiance à travers les règles édictées par les banques centrales. Elles s’arrogent la capacité de battre monnaie et d’être plus puissantes que les États. 

Ces perspectives sont susceptibles de menacer la stabilité du système monétaire international voire la souveraineté de certains pays. Plus encore, lorsque les GAFA disposent d’une capitalisation supérieure à la richesse d’une nation.

Certes, l’application la plus connue de la technologie blockchain est la cryptomonnaie, mais les possibilités sont extrêmement nombreuses dans tous les domaines de l’économie et de la société : la finance, les assurances, les systèmes de vote, la tenue des registres cadastraux, l’internet des objets, l’authentification des diplômes vérifiables par tous, la traçabilité des médicaments, etc.

L’une des préoccupations révélées par la cryptomonnaie est celle de la vitesse à laquelle l’innovation technologique prend le dessus sur le cadre institutionnel. La Libra avec les 2,38 milliards d’utilisateurs de Facebook peut transformer profondément l’économie et la société.

Selon l’économiste Schumpeter, le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais apparaît à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le ruiner. Il est désormais urgent et indispensable que notre cadre institutionnel soit attentif à ces changements. Le développement d’une « culture de l’innovation institutionnalisée » au Congo doit en être 

Henri PLESSERS M’BOYO

Associé – Directeur Exécutif

Financialis ACM

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