Chute du Yuan :  de la guerre commerciale à la guerre monétaire
Depuis mi-juin la devise chinoise décroche par rapport au dollar et a atteint son plus bas depuis plus d’un an, malgré les efforts de la banque centrale. Mais que se passe-t-il donc dans l’Empire du Milieu ? Assiste-t-on à un jeu de poker menteur pour contrer les élans belliqueux de Trump au niveau des échanges commerciaux ?

Depuis quelques semaines, les marchés s’interrogent : mais à quel jeu joue donc la Banque centrale chinoise ? Officiellement, elle soutient sa monnaie, c’est évident. Cependant, malgré ce qui ressemble à une politique volontariste de maintien du Yuan, la « Monnaie du Peuple » ne cesse de perdre de la valeur face à la devise américaine.

Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis ne sont probablement pas étrangères à ces mouvements spéculatifs. En effet, la politique « tout feu tout flamme » du Président américain pour rééquilibrer des échanges commerciaux, jugés contraires aux intérêts des USA, entre les principales puissances et son pays n’y est pas pour rien. Et chacun sait que le locataire de la Maison Blanche a mis la Chine en plein dans son collimateur sur ce sujet.

En effet, si un accord a pu être trouvé in extremis avec l’Union européenne sous la pression de Berlin - l’Allemagne voulant continuer à vendre ses berlines de luxe de l’autre côté de l’Atlantique sans problèmes -, il est loin d’en être de même avec Pékin.

Alors, quels sont les leviers de la banque centrale chinoise pour, d’une part, garder le premier client du pays à l’export malgré une hausse de 20% des droits de douane ?

A part une dévaluation contrôlée lui permettant de compenser les pertes en boostant ses exportations, ses marges de manœuvre sont, de fait, bien étroites. On notera que la « guerre des changes » comme arme de « guerre commerciale » a toujours été de « bonne guerre », et ce ne sont pas les Américains, spécialistes de ce petit jeu, qui me contrediront.

Pourtant, et c’est le point qui fait que le Monde s’interroge, Pékin mène officiellement une politique volontariste pour soutenir sa devise. Elle vend massivement ses Treasure Bonds Américains  achète du Yuan avec ses dollars, achète de l’Euro en masse, bref : a priori, ça devrait marcher, et pourtant… inlassablement, ça chute !   

Alors comment se petit tour de passe-passe est-il possible ?

Et bien il semblerait, aux dires de certains experts, que le discours ne soit pas le même lorsque la Banque centrale s’adresse au monde et lorsqu’elle s’adresse à ses entrepreneurs, assureurs, banquiers, etc. Ses derniers se montrant en effet particulièrement actifs depuis quelque temps pour vendre du Yuan en masse ; et, là où le pot aux roses semble découvert, c’est que lesdits experts prétendent que les capitalistes chinois le feraient sur ordre.

Donc, en gros, Pékin garde la face en affirmant qu’elle fait son possible pour ne pas dévaluer, mais qu’elle ne peut, à elle seule, contrer la méfiance des investisseurs locaux face à la devise nationale suite aux nouvelles règles imposées par l’administration américaine. Plutôt malin, non ?

Cette politique monétaire n’étant pas sans risque pour le géant de l’Asie qui est non seulement le premier importateur de matières premières, mais qui, de surcroit, fait face à une crise de la dette extérieure remboursable, elle aussi, en dollars sonnants et trébuchants, d’autres leviers doivent être utilisés pour minimiser la casse.

Il est donc tout à fait imaginable qu’une des techniques de Pékin pour contourner la crise déflationniste soit  pendant un temps au moins, de faire baisser les cours des matières premières en diminuant la pression sur ses achats. Ses stocks sont conséquents donc, pas de risque de pénurie à court terme, et cela comblera tout ou partie du manque à gagner, le temps que passe l’orage avec l’Oncle Sam.  

Le cuivre semble en être une des premières victimes et voit ses cours chuter de façon alarmante depuis quelques semaines, en passant des environs de 7000 à 6000 USD/tonne, à l’instar du cobalt qui avait frôlé la barre des 95.000 dollars en mai et qui côte aux alentours de 66.000 à l’heure où nous écrivons ces lignes (août). L’or, qui en période de tensions profite généralement d’un regain, est lui aussi à son plus bas depuis 12 mois.  Idem pour l’aluminium, l’acier, l’étain, etc. Le pétrole restant quant à lui plus ou moins stable, autour des 73 USD.

Affaire à suivre de près en tout cas, et qui peut très sérieusement impacter notre économie nationale.

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