Cours du cobalt, qu’est-ce qui cloche ?
Entre le 21 mars 2016 et le 26 mars 208, la tonne de cobalt flambe et passe de 23.000 à 94.800 USD. A cette période, la demande mondiale, située aux environs de 95Kt par an, est pourtant largement assurée par une production beaucoup plus importante (environ 110 Kt). Depuis trois mois, et de façon tout aussi soudaine, c’est la dégringolade, après un bon semestre de repli. La même tonne d’or bleu se négociant autour des 40.000 USD. Pourquoi cette courbe en « cloche » ? Analyse.

LA FLAMBEE DES COURS ENTRE 2016 ET 2018…

LA CRISE POLITIQUE EN RDC

C’est la crise politique en RDC qui, mi 2016, a très probablement été le point de départ de la tension sur le cobalt. A cette époque, les industriels s’inquiètent du risque de dégradation de la situation politique dans notre pays, et vont jusqu’à en anticiper une éventuelle déstabilisation. Déstabilisation pouvant avoir comme conséquence une rupture de la production nationale. Or, la RDC possède 50% des réserves mondiales, selon le US National Mineral Center, et assure environ 58% de la production, selon la même source. De plus, le « cash cost » du cuivre congolais, c’est à dire le coût unitaire lié à son extraction (extraction, traitement, administration, redevances, taxes) est particulièrement bas. Ce qui participe à la faiblesse des cours du cobalt qui en est un sous produit.

La prudence étant de mise du côté des industriels et des négociants, le réflexe a consisté à stocker afin de sécuriser l’approvisionnement.

LE CONTEXTE HISTORIQUE POST COP 21

Le cobalt est en grande partie destiné à la fabrication des batteries Lithium-ion des voitures électriques. Et les engagements pris par les 190 états à la Conférence de Paris sur le climat, en décembre 2015, les ont notamment engagés dans un processus d’accélération de remplacement de leur parc automobile pour passer à un parc à dominante électrique. Choix généralement entérinés par les gouvernements et les parlements courant 2016. Or, en l’état actuel de la recherche, et au vu des réserves mondiales, il est clair que le cobalt reste et restera quelques années encore incontournable pour atteindre cet objectif.

« Il n’en faut parfois pas plus pour que les tensions s’exacerbent et que la crainte d’une pénurie se profile. Les médias auront fait le reste. »

LA SPECIFICITE DU MARCHE

« OFFTAKE »    

Malgré la cotation du cobalt depuis 2010 sur le LME (London Metal Exchange), la majorité des contrats s’effectue directement entre producteurs et utilisateurs hors des places boursières. Les acheteurs industriels privilégiant en effet le modèle « Offtake » (contrats d’enlèvement), qui leur garantit l’achat d’une production donnée à un prix fixé à l’avance et négocié de gré à gré.    

La multiplication de ces contrats par les acheteurs traditionnels, puis par des sociétés d’investissement créées pour l’occasion et enfin, par les nouveaux géants de la batterie électrique, a conduit à une baisse drastique de l’offre de cobalt proposée sur les marchés boursiers.  Il n’en faut parfois pas plus pour que les tensions s’exacerbent et que la crainte d’une pénurie se profile. Les médias auront fait le reste.

LA SPECULATION A LONG TERME    

Contrairement aux idées reçues, les marchés aiment les paris à long terme. Et lorsque ses experts recalculent le ratio réserves, production et demande annuelle, comme ce fut le cas, et font passer la sécurité d’approvisionnement de 102 ans, au regard de la consommation de 2016, à 26 ans, au regard des projections sur la demande lors de la prochaine décennie, les marchés s’enflamment.

LA CHUTE DEPUIS UN AN…    

On l’a vu, la crise politique en RDC a été un déclencheur majeur de la tension sur les cours, or la situation ne s’est pas dégradée, et depuis quelques semaines, tout laisse même penser que le pays soit entré dans une zone pérenne de stabilité. Ce risque pays avait notamment invité les industriels et les fonds d’investissements à faire des stocks. On serait donc entré dans un cycle de déstockage.

Face à l’envolée des cours, les industriels ont redoublé d’effort pour diminuer le pourcentage de cobalt dans leurs batteries et ont énormément investi dans la R&D.

Les premiers résultats, pour la plupart déjà en tests, voire en phase de fabrication industrielle, permette une nette diminution du ratio cobalt dans les batteries, ce qui re-sécurise l’approvisionnement à plus long terme, y compris avec la production programmée des 10 à 15 millions de véhicules électriques par an, prévue lors de la prochaine décennie, et de la montée en puissance des économies chinoises, indiennes et africaines.

Dans la même logique, un effort conséquent a été fait par les états pour appuyer les filières du recyclage des batteries afin, entre autres, d’en récupérer le cobalt. Les unités de traitement entrées en phase opérationnelle ou en phase de développement avancé se multiplient ce qui, du même coup, éloigne le risque d’une rupture de l’approvisionnement.

De plus, le risque pays lié à la RDC a boosté les projets dans d’autres pays (Australie, Canada, Cuba…). Projets qui sont en passe d’entrer en phase opérationnelle.

Par ailleurs, la guerre commerciale entre les USA et la Chine pèse à l’évidence sur la décélération du rythme de la croissance chinoise, au plus bas depuis 10 ans. Et qui dit baisse de la demande chinoise, dit chute des cours. Cette crainte d’un essoufflement de la seconde économie mondiale rend par ailleurs les investisseurs frileux. Et en cette période de fortes turbulences sur l’économie mondiale, on observe une certaine tendance des marchés, traditionnellement orientés sur les moyen et long terme, à se replier sur des paris à court terme.

Or, en toute logique, l’offre de cobalt devrait être largement supérieure à la demande lors des prochaines années, sachant d’autant plus que pendant que la RDC tente d’augmenter rapidement sa production par ajout de circuit cobalt dans ses usines, la Chine opère à une série de fermeture d’usines de raffinage jugées trop polluantes, ce qui rend l’écoulement des stocks plus difficile.

Enfin, il n’y a pas de hedge sur le cobalt, et les pertes de ces derniers mois n’ont donc pas pu être couvertes par des produits financiers dérivés. On peut imaginer que pour certains investisseurs, le coup a été très dur.     

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