L’OR GUYANAIS,  LE COUP EN OR DE LUC GERARD ?
Dans un communiqué, passé dans la presse boursière internationale fin juillet, Brexia Gold Plata Peru, contrôlée par l’homme d’affaires congolais, Luc Gérard Nyafe, annonce son entrée dans le capital de Auplata, premier producteur d’or français coté en bourse (euronext Growth – Alaup)

En regardant de plus près, des détails intriguent. En substance, cet achat pourrait assez vite tourner au « bingo » pour son auteur, et pour les happy few qui vont investir dans l’affaire.

Luc Gérard, implanté depuis une bonne vingtaine d’années en Colombie, où il a amassé quelque six cents millions de dollars via son fonds d’investissement, Tribeca Asset Management, n’est pas un débutant. On sait aussi que l’homme est un bâtisseur industriel et non un spéculateur en bourse.

Tentons de comprendre la démarche.

Qui est Luc Gérard ? Qu’est-ce que Brexia Gold Plata, et quid de Auplata ?

Concernant le premier point, Mining and Business vous avait offert une grande interview dans son numéro 15. On y apprenait notamment que Luc Gérard avait décidé d’investir en RDC, via la société Strategos, filiale congolaise de Tribeca créée pour l’occasion.

Spécialisée dans la santé et l’agrobusiness, elle participait de la vision de son actionnaire majoritaire, qui, conscient du potentiel, et pariant sur la post crise, faisait un retour presque romantique au pays de ses ancêtres afin d’y placer ses billes colombiennes.

Le romantisme de situation a été savamment calculé et semble, à l’heure actuelle, plutôt juteux. Entre fermes agro-industrielles arrivées en phase d’exploitation et premières unités de soins hospitaliers, tout irait au mieux pour Strategos — et cela sans attendre la post crise !

 De plus, Luc Gérard se positionne en chantre de la diversification industrielle, se dote d’une image média plutôt avantageuse, intervient dans les conférences économiques en fustigeant la langue de bois de ses compatriotes... et devient en quelques mois une icône nationale !

Le personnage, sympathique au demeurant, est à l’évidence à un redoutable joueur d’échecs.

De fait, avec cet achat de Auplata, une autre question arrive à l’esprit : Luc Gérard ne chercherait-il pas, et cela depuis le départ, à rentrer par la grande porte dans le mining business RDCongolais et africain ?

Le montage, via l’achat en numéraire, par augmentation du nombre d’actions, de plus de 8 % par Brexia Gold Plata, de la société minière française Auplata, qui possède la plupart des concessions aurifères de Guyane française — 350 tonnes d’or estimées — est en effet intéressant à plus d’un titre.

Auplata, connue pour ses pertes chroniques depuis 2006, table depuis des années sur deux points pour se refaire une santé financière : la mise en service de l’usine de cyanuration de Dieumerci, gisement d’or en Guyane française d’environ 18 tonnes d’or, et l’adoption, après des années d’atermoiements des gouvernements français successifs, du nouveau code minier (Il n’y a pas qu’en RDC qu’on change les codes miniers !).

Or, il s’avère que l’usine de cyanuration est terminée depuis quelques mois et que la phase d’exploitation est donc toute proche. Le nouveau code minier français étant, quant à lui, enfin voté.

Pourtant, malgré ces excellentes nouvelles, les investisseurs rechignent toujours à acheter du Auplata. Il est vrai que sous la pression du Monsieur Environnement de Macron, Nicolas Hulot, la célèbre « Montagne d’or » (180 tonnes d’or sur 7 km2 !), l’un des plus grands gisements aurifères du monde, situé en Guyane française et en partie sous concession de Auplata, peine à voir son exploitation autorisée.

Par ailleurs, après des années d’investissement sans production, les caisses de Auplata étaient quasi vides et une capitalisation en numéraire s’avérait donc indispensable.

Et c’est là que le flair de notre Congolais entre en jeu. Il sait que Auplata a besoin de capitaux, il sait aussi que l’usine de Dieumerci est opérationnelle, il sait enfin que Auplata possède, via ses 27 % de participation dans CMT, la Compagnie Minière de Touissit, de concessions minières de Zinc et d’Argent au Maroc et en Côte d’Ivoire. Il connaît bien le terrain sud-américain, maîtrise le terrain africain grâce à son exceptionnel réseau sur le Continent. Il a les capitaux. Trop facile !

Cerise sur le lingot, au début des années 2000, Auplata s’était offert une part du capital de la société suédoise de recherche géologique par satellite, ASA Element. Ce qui pourra s’avérer fort utile dans un espace continental où les données géologiques ont pour la plupart été réalisées il y a plus de 50 ans.

Bref, en juillet dernier, Brexia Gold Plata, la filiale péruvienne de Tribeca, spécialisée dans le gold mining au Pérou (l’ancien royaume Inca est le

sixième producteur mondial d’or), décoche cinq petits millions d’euros pour s’offrir 8 % de Auplata au tarif de 0,14 euro l’action alors que le titre est aux environs de 0,05 euro, en faisant procéder à une augmentation du nombre d’actions. Cet apport en capitaux permettant très certainement de remplir les caisses et d’avoir le cash flow nécessaire à une reprise solide de l’activité pour l’entreprise. Début août, Luc Gérard entre de facto au conseil d’administration de Auplata.  

Mais pourquoi 0,14 euro me direz-vous ? Ce monsieur serait-il un mauvais homme d’affaires capable de surpayer ?

Que nenni ! Non seulement la valeur intrinsèque sur base des réserves est de 2 euros en « share », mais, selon nos sources, Brexia a reçu des BSA (Warrants) qui compensent allègrement la surcote.

La porte guyanaise n’est-elle pas la porte vers ce continent africain que Luc Gérard rêve de conquérir ? En effet, au regard du communiqué de presse, le numéraire perçu par Auplata ne doit servir qu’à la montée de cette dernière dans le capital de la CMT, et donc à booster l’activité de Touissit. Après enquête de M&B, avec ses 13 concessions, 18 permis d’exploitation et 35 permis de recherche, on découvre que la CMT est en passe de devenir un

géant africain du plomb, cuivre, zinc et argent, grâce à de nouveaux gisements exceptionnels découverts en 2016.

Le lecteur attentif se dira : comment le cash peut-il dès lors servir à Dieumerci, en Guyane, s’il est utilisé pour CMT ? Et il aura raison. Mais n’oublions pas que CMT est déjà en phase d’exploitation et que Brexia Gold Plata Peru qui, finalement, est en train de rafler la mise, produit 2 millions de dollars d’excédents mensuels. De quoi donner un petit coup de main aux nouveaux associés guyanais…    

Au billard, cela s’appelle un coup à trois bandes, et dans la partie qui nous intéresse, il y a fort à parier que les boules soient en or pour l’actionnaire à 80 % de Brexia GPP, Luc Gérard, et pour ceux qui le suivront dans cette partie de reconquête de l’industrie extractive africaine par les Africains.

Sans vouloir jouer au Soros en herbe, je pense qu’acheter du Auplata, alors que l’action est fin août aux environs de 0,07 euro, reste un coup gagnant à court terme.   

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