Un « New Deal » pour la RDC ?
Le 13 février 2019, le journal « Le Monde » titrait : « Les récits médiatiques font passer la RDC pour un gigantesque baril de poudre ».

Vu de l’extérieur, il faut confesser que l’image projetée à travers la presse, plusieurs rapports et même les réseaux sociaux ne rassure pas. Plus encore, elle tend à contester notre capacité à être les acteurs d’un projet congolais à la hauteur de nos aspirations et de notre potentiel. 

Beaucoup de choses ont été faites, pourtant, et même si la taille des défis demeure colossale, Lao-tseu ne disait-il pas qu’un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas ? Franklin Roosevelt s’est-il dit la même chose quand, en 1933, il engageait les USA dans le « New Deal », un sursaut aussi courageux qu’ambitieux qui allait devenir le socle de plusieurs décennies de prospérité ? Et si nous nous posions la question d’un « New Deal » congolais pour parler avenir économique et social avec pragmatisme et volontarisme, sans coloration ni paternalisme ?

Lors de l’accession au pouvoir du Président Joseph Kabila en 2001, la RDC est confrontée à des conflits armés et à une insécurité chronique. Avec les accords de Sun City, la promesse d’un retour à la paix ouvre la voie à de nouvelles ambitions. Un retour progressif à la stabilité de la monnaie nationale renforcera par la suite la confiance et préfigurera la mise en place d’un cadre favorable à la relance. L’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, l’adhésion à l’OHADA, la mise en place du guichet unique de création d’entreprises, des réformes sectorielles constitueront ensuite autant d’étapes cruciales dans l’orientation de l’économie congolaise. Ainsi, en 2014, le taux de croissance du PIB est proche des deux chiffres, le système bancaire croît de 25 % chaque année, les délais de création d’une entreprise sont réduits à 3 jours…

La RDC revient de loin, mais il reste tellement à faire ! 

Après avoir atteint 9,5 % en 2014, la croissance du PIB a chuté à 6,9 % en 2015 avant d’atteindre 2,4 % en 2016 — son plus bas niveau depuis 2001 — et de remonter à 3,4 % en 2017, reflétant pour beaucoup les fluctuations des cours des matières premières. Cela montre également notre vulnérabilité aux chocs externes et les enjeux d’une transformation de l’économie. Nous suggérons ici quelques lignes de force susceptibles de nourrir la réflexion :

1. Agir en « swing producer » et œuvrer pour une régulation concertée de la production afin de nous prémunir contre les chocs externes de l’industrie extractive et leurs conséquences sociales ;

2. Diversifier et insuffler une nouvelle dynamique grâce à un cadre fiscal incitatif pour les PME et mieux adapté au rayonnement des grandes entreprises ;

3.Réformer l’éducation pour créer l’ensemble des compétences et des qualifications dont la RDC a besoin pour se projeter dans l’émergence ;

4. Adapter les instruments de mesure du développement et de redistribution des richesses pour orienter au mieux l’action de l’État dans le contexte congolais.

Le « New Deal » de Franklin Roosevelt a changé son pays par des réformes et non par la révolution. La RDC revient de loin, il est urgent de consolider les acquis, faire face aux épreuves d’aujourd’hui et nous engager avec toujours plus d’ambition dans le Congo de demain. Les défis sont de taille certes, mais même le plus long des voyages commence par un premier pas !

Henri Plessers Mboyo, Directeur exécutif du cabinet d’experts-conseils Financialis ACM, formateur au CFPB et Chargé de cours à l’Université Protestante au Congo pour la Frankfurt School of Finance and Management.

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