Une délégation congolaise à effectif très réduit
Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas. L’an dernier, la RDC avait été au centre des discussions et au cœur de la polémique à Mining Indaba.

Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas. L’an dernier, la RDC avait été au centre des discussions et au cœur de la polémique à Mining Indaba. Albert Yuma, président de la Gécamines, avait ouvert les hostilités contre les entreprises minières étrangères dès le premier jour de l’événement en annonçant, lors d’un discours-fleuve, l’audit de ses partenariats. Par ailleurs, la Gécamines, le ministère des Mines ainsi que le Lualaba avaient chacun investi dans un stand au sein du centre de conférence du Cap pour mettre en valeur les ressources de la RDC et les opportunités d’investissements.

Cette année, Mining Indaba s’étant tenu avant la nomination du gouvernement du nouveau président Félix Tshisekedi, qui avait par ailleurs demandé quelques jours avant le démarrage du forum afin de limiter les dépenses publiques de la RDC aux seules charges de personnel, la délégation du pays à la conférence a été assez limitée. L’équipe était menée par le secrétaire général aux mines du ministère, Joseph Ikoli, accompagné de plusieurs de ses adjoints et collaborateurs. Le ministère avait un stand, mais il était calé tout au fond du centre de conférence. La Gécamines n’avait quant à elle aucune représentation officielle, bien que plusieurs de ses cadres aient fait le déplacement au titre d’autres activités.

Si les officiels n’étaient pas nombreux, une flopée d’entreprises congolaises se sont rendues à Mining Indaba, et la Fédération des entreprises du Congo (FEC) était bien présente, avec notamment son vice-président en charge des mines, Simon Tuma Waku, le chef de son antenne au Katanga, Eric Monga Mumba, et le vice-président de la Chambre des mines, John Kanyoni.

La ZCCM-IH moins Pius

La ZCCM-IH, « homologue » de la Gécamines en Zambie, n’était pas emmenée par celui qui la représentait depuis octobre 2014, Pius Kasolo. Ce dernier ayant été évincé de son poste de PDG de la ZCCM-IH à peine quelques jours avant le début de Mining Indaba, le 1er février. Si le communiqué de la société publique zambienne évoque simplement sa « séparation » avec Pius Kasolo, « parti à la retraite » de ce poste, et qu’elle le remercie pour sa « précieuse contribution durant son mandat », le ministre des Mines de Lusaka, Richard Musukwa, a quant à lui bien parlé d’un licenciement. Lors d’une réunion publique, le ministre a ainsi précisé que, n’ayant pas respecté des instructions du président Edgar Lungu quant au nouveau régime fiscal s’appliquant aux sociétés minières, Pius Kasolo a été remercié. Mabvuto Chipata, jusque-là directeur financier de la ZCM-IH, a été désigné PDG par intérim.

Deziwa, production pour bientôt ?

Croisés à Mining Indaba, les représentants de la Société des mines de Deziwa (Somidez), qui développe la mine de cuivre et cobalt éponyme à proximité de Kolwezi, ont affirmé que la production commerciale y démarrera en janvier 2020. Avant cela, six mois de mise en route du projet (ou commissionning en anglais) seront nécessaires. La mine de Deziwa est opérée par une joint-venture montée en 2016 entre la Gécamines et le groupe chinois China Non-Ferrous Metal Mining (Group) Co. En avril 2018, un investissement de 880 millions de dollars avait été annoncé pour accélérer le développement du site, où les prévisions indiquent une production de 80 000 tonnes annuelles de cuivre et jusqu’à 8000 de cobalt.

Flou sur les lois et les décrets

Tout au long de la conférence, avocats, auditeurs et comptables travaillant dans le secteur minier en RDC ont souligné le flou qui demeure quant aux modalités d’application de plusieurs mesures inscrites dans les lois et règlements adoptés ces derniers temps dans le pays. Ainsi, des précisions manquent sur le mode de calcul de la taxe sur les superprofits des compagnies minières, et ce alors que la date d’arrêté des états financiers annuels des entreprises de la zone OHADA, dont fait partie la RDC, est fixée à la fin avril. Les sociétés minières, qui même quand elles sont étrangères, ont une entité enregistrée localement, sont toutes concernées par l’échéance, qui approche à grands pas. Certains experts aimeraient aussi en savoir plus sur la disposition qui impose que 10 % de l’actionnariat d’une mine soit réservé à des nationaux congolais. Tous espèrent que des mécanismes seront prévus pour s’assurer que cette règle permettra véritablement le développement d’une classe moyenne en RDC et non qu’elle accroîtra encore les revenus d’individus déjà très aisés.

À l’inverse, lors du petit-déjeuner annuel de la RDC, Eric Monga Mumba, président de la FEC au Katanga et directeur général de Kipay, société développant des centrales électriques, s’est réjoui que plusieurs décrets précisant le cadre réglementant son secteur d’activité aient enfin été adoptés fin 2018.

Foultitude de conférences minières annoncées

Lors de Mining Indaba, Mining & Business a appris que de multiples conférences en lien avec le secteur minier se tiendront au cours de l’année 2019 en RDC. En mars, la coopération allemande — avec son agence GIZ et son bureau de recherche géologique BGR en tête — organisera à Kolwezi une rencontre sur le cobalt. Lors de cet événement, entreprises, institutions publiques comme internationales, mais aussi organisations de la société civile seront invitées à identifier comment promouvoir une production tout autant qu’un usage responsable et transparent du minerai. C’est en mars également que la société Synergy DRC célébrera la « femme active », notamment dans ce secteur d’activité essentiel à la RDC que sont les mines. L’atelier se tiendra dans quatre villes : à Kinshasa pour la journée internationale de la femme le 8 mars, à Lubumbashi le 16, à Kolwezi le 23 et enfin à Goma le 30. Du 11 au 13 avril, le patron de Kipay, Eric Monga Mumba, prévoit la tenue d’une conférence sur l’électricité en RDC, enjeu majeur en vue d’assurer le développement de projets miniers dans le pays. Enfin, du 19 au 21 juin aura lieu la nouvelle édition de la DRC Mining Week, qui réunit chaque année à Lubumbashi les protagonistes du secteur minier. 

Un petit-déjeuner pour faire le bilan un an après

Introduit par les mots suivants « on sera extrêmement courts, il y a moins d’affluence que l’année dernière », le petit-déjeuner annuel de la RDC à Mining Indaba a donné le ton d’entrée de jeu : le secteur minier congolais intéresse toujours, mais ses acteurs sont pour l’instant dans l’expectative. Ils attendent en effet de connaître la stratégie minière du futur gouvernement, de voir comment va évoluer le prix du cobalt — nettement moins stratosphérique en février 2019 qu’un an plus tôt —, et de comprendre les conséquences concrètes des dispositions du nouveau code sur leur activité avant de se positionner sur des investissements de long terme dans le pays. L’atmosphère était ainsi beaucoup moins électrique que lors du même événement l’année passée.

Même Mark Bristow, PDG du nouveau géant mondial de l’or Barrick, qui a fusionné début 2019 avec Randgold Resources, semblait moins remonté qu’en 2018 contre la nouvelle législation. Si, la veille, lors d’un panel où il avait discuté du code avec Joseph Ikoli, secrétaire général aux mines, Mark Bristow avait fortement critiqué le texte, il a lors du petit-déjeuner principalement évoqué les succès de la mine d’or de Kibali, rappelant de temps à autre la nécessité d’un cadre réglementaire permettant de conserver en RDC les investisseurs qui sont déjà présents dans le pays.

Louis Watum, à la tête d’Ivanhoe Mines, qui développe le gisement de cuivre de Kamoa-Kakula, fut peut-être un peu plus disruptif, affirmant qu’il ne faut pas se tromper de débat quand on parle de l’industrie minière. Celle-ci n’est qu’un accélérateur de la bonne marche de l’économie, mais le vrai moteur, qui peut faire tout réussir comme tout capoter est la gouvernance. C’est ainsi elle qui doit être dans le viseur, et non les sociétés minières.

Il faut croire que les deux hommes n’avaient été qu’à moitié convaincus par le discours de Joseph Ikoli, secrétaire général aux mines, qui les avait précédés à la tribune. Lors de son intervention, Joseph Ikoli a tout d’abord rappelé l’objectif de cette réforme législative : faire du secteur minier un partenariat gagnant-gagnant pour l’Etat congolais, ses citoyens et les sociétés opératrices, alors que le texte de 2002 était uniquement incitatif pour les investisseurs étrangers. Il a ensuite énuméré les réalisations du gouvernement en 2018 : réviser le code, mais aussi définir les minerais stratégiques du pays et actualiser la politique minière de RDC en y introduisant les principes de la vision minière de l’Union africaine ainsi que des mécanismes de transparence et de bonne gouvernance. Le secrétaire général aux mines a également listé l’élaboration de stratégies sur le secteur artisanal et contre le travail des enfants dans les mines, ou encore la création d’un service géologique national comme actions des autorités congolaises l’an dernier. Pour démontrer la volonté de dialogue de l’État, Joseph Ikoli a affirmé qu’un atelier national sur la fiscalité minière, objet de fortes tensions entre les opérateurs et l’État, se tiendra prochainement.

Vice-président de la FEC en charge des mines, Simon Tuma Waku a conclu le petit-déjeuner en assurant que, malgré une année 2018 tendue et complexe, le secteur minier congolais s’est plutôt bien porté, puisque la production de ses trois minerais phares a augmenté. Ainsi, la production de cuivre est passée d’1,09 million de tonnes en 2017 à 1,23 million en 2018, celle d’or de 23 270 tonnes à 28 539 sur la même période, quand l’élévation du cobalt a été exponentielle, de 64 000 tonnes à 106 000. Simon Tuma Waku a toutefois mis en garde contre une surproduction du cobalt par rapport à la capacité d’absorption du marché, ce qui pourrait faire chuter encore son prix.

Batteries et traçabilité

La RDC fut certes moins au cœur des débats qu’en 2018, mais les questions essentielles pour le secteur minier congolais ont néanmoins animé les discussions cette année. Les panels ont largement évoqué les battery metals. Ces métaux, parmi lesquels le cobalt et le lithium dont la RDC regorge, sont des composants des batteries électriques, piliers de la transition énergétique. Des explorateurs et producteurs d’or se sont même interrogés au premier jour de Mining Indaba sur le fait que la croissance exponentielle des investissements dans les « battery metals » et dans le cannabis (L’auteur confirme ?) complique la recherche de financements pour les projets aurifères ! Si les ressources de la RDC en « battery metals » a été largement discutée, l’une des sessions de la conférence évoquait cependant la place de la Zambie comme pourvoyeur africain majeur de battery metals sur le marché mondial en parallèle de la seule RDC. A notamment été abordée la nécessité de produire ces métaux, le cobalt surtout, de manière éthique et responsable en RDC. Lors de son intervention, Giles Smith, directeur commercial d’ERG Africa, le groupe kazakh qui exploite Boss, Frontier et Comide, donne de plus en plus d’importance à ces questions, et vient de lancer des projets de traçabilité utilisant une plateforme développée par IBM sur son nouveau projet phare, Metalkol, situé à proximité de Kolwezi.

Cyril Ramaphosa fait l’unanimité

Un moment a semblé réunir tous les participants : le discours du président sud-africain Cyril Ramaphosa sur la scène de la conférence minière le 5 février. Lors de son allocution, le chef de l’État a listé ses dix commandements pour un développement positif et durable du secteur minier en Afrique (1O commandements d’ailleurs repris dès le lendemain matin par Joseph Ikoli lors du petit-déjeuner RDC) : inclure toutes les parties prenantes du secteur dans sa croissance ; travailler en partenariat avec les gouvernements locaux ; investir dans les conditions de vie des employés des mines ; dans leur santé et leur sécurité ; dans l’éducation ; dans la formation ; et dans la transformation des minerais bruts sur le continent lui-même ; mais aussi donner des opportunités aux femmes ; comme aux enfants ; enfin intégrer des locaux à l’actionnariat des entreprises.

Cette offensive de séduction envers le secteur minier de la part du Président de la République qui rappelons-le, connaît bien le secteur pour y avoir exercé de nombreuses années et y avoir gagné beaucoup d’argent, n’était pas un hasard de calendrier. En effet, en plus des échéances électorales à venir, la baisse substantielle de l’activité minière sur 2018 en Afrique du Sud inquiète sérieusement les autorités. Les investisseurs étant pour leur part refroidis à l’idée de voir le pouvoir pondre une réforme minière dans la veine de la réforme des terres agricoles. Le Président Ramaphosa n’a d’ailleurs pas oublié de les rassurer sur ce point en leur précisant qu’aucun projet de ce type n’est sur la table.

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