ELECTRIQUE AFRIQUE
Le MOCI (Moniteur du Commerce International depuis 1883), le CIAN (Conseil Français des Investisseurs en Afrique) et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) organisent chaque année le « Forum Afrique ».

Le MOCI (Moniteur du Commerce International depuis 1883), le CIAN (Conseil Français des Investisseurs en Afrique) et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) organisent chaque année le « Forum Afrique ». Début février, plus de 1300 délégués étaient présents à Paris pour cette conférence. Didier Julienne, fidèle à M&B depuis 2014, y intervenait sur le thème des opportunités de la transition énergétique africaine.


Mining &Business : Comment penser l’électrification en Afrique ?

L’urgence est de limiter la hausse des températures de la planète et donc éviter que le développement du continent ne passe par la case charbon. L’électrification de l’Afrique sans charbon connaîtra deux étapes ; celle des mini-réseaux puis celle de l’électrification de masse.

Étape 1.

Le rural. Allez voir le film « Makala », il démontre les malheurs du charbon et l’urgence d’apporter une électricité fiable à 9 Africains sur 10 avec des mini-réseaux à construire dans la brousse. Les meilleures solutions sont hybrides : un panneau solaire avec une batterie pour quelques LED, une prise USB, un ventilateur. A plus grande échelle, une série de panneaux photovoltaïques ou une éolienne mis en commun pour la chaîne du froid par exemple. Ce mini-réseau doit être pensé au niveau de plusieurs villages.

Ces initiatives changent déjà la vie de millions de paysans. Pour un gouvernement ce serait un faible investissement comparé aux redevances minières.

Étape 2.

L’urbain. Dans 25 ans, des dizaines de villes africaines auront plus de 5 millions d’habitants. À l’image de la pénétration des smartphones sans passer par l’étape du téléphone filaire, comment imaginer que l’Afrique ne passera pas des villes anarchiques directement aux villes intelligentes et économes en électricité ? De l’artisanat aux industries robotisées avec intelligence artificielle ? De l’agriculture traditionnelle aux herbicides biocontrôles sans glyphosate ? Du vélo à la voiture électrique ? Tout cela aura une contrepartie ; la nécessité d’une électricité de masse, fiable et permanente et évidemment de réseaux adaptés à ces fortes consommations.

Dans 50 ans, les mini-réseaux décentralisés et ruraux seront toujours indépendants des grands réseaux électriques centralisés et urbains. Les premiers seront optimisés grâce au solaire et l’hydrogène, les seconds grâce à l’hydroélectricité et au gaz.

M&B : Comment gérer la transition d’une dépendance aux hydrocarbures à une dépendance aux métaux avec les énergies renouvelables sur le continent ?

Ce ne sont ni le vent ni le soleil qui fabriquent, transportent, stockent l’électricité, mais les métaux contenus dans les éoliennes et les panneaux solaires, les câbles et les batteries des voitures électriques. Sans une production massive de métaux, pas d’électricité climatique.

J’ajoute que contrairement aux idées propagées par des néophytes, les métaux qui seront particulièrement en tension dans les années à venir ne seront pas des métaux « rares » mais des métaux de base comme le cuivre. En effet, ils sont utilisés dans le transport de l’électricité, son stockage et sa consommation. C’est une chance historique pour la RDC qui est l’un des premiers producteurs mondiaux.

M&B : Quelles pourraient être les opportunités pour le savoir-faire français ?

Au moins quatre opportunités de transition énergétique se présentent aux entreprises françaises :

  1. Le service aux mines dans les grands projets notamment dans le cuivre, le zinc et tous les autres métaux qui seront nécessaires au développement des villes. Ces opportunités sont celles de l’équipement minier, de l’explosif, de la numérisation et de l’Intelligence Artificielle. Mais également de l’énergie en transformant les centrales électriques des mines qui fonctionnent au charbon en centrales au gaz et enfin le traitement de l’eau et des effluents miniers liquides.
  2. L’Afrique n’aura pas le même modèle de production électrique que l’Europe. Elle aura deux réseaux, un rural solaire et un urbain proche du modèle brésilien avec son Hydro et du modèle mexicain avec son gaz. En conséquence, le génie civil français et l’expertise dans les turbines hydroélectriques sont là pour construire ou rénover des barrages. D’ailleurs, un des leaders français des travaux publics ne devrait-il pas racheter le leader mondial des turbines (Nerpic), passé il y a peu chez General Electric ?
  3. La consommation. Les entreprises françaises sont expertes pour construire de grands centres urbains aux consommations électriques intelligentes.
  4. Les normes RSE. Elles reflètent l’empreinte culturelle du pays d’origine des entreprises. Il existe une RSE à la française tout comme une RSE à la chinoise. Je pense la Française plus adaptée, mais laquelle l’Afrique préférera-t-elle ?

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