La République Démocratique du Congo, nouvelle frontière économique ?
La RDC représente une équation complexe pour les investisseurs. D’un côté, le pays est scandaleusement doté en ressources naturelles et enregistre une croissance continue de son, potentiel, marché interne du fait de sa démographie galopante.

La RDC représente une équation complexe pour les investisseurs. D’un côté, le pays est scandaleusement doté en ressources naturelles et enregistre une croissance continue de son, potentiel, marché interne du fait de sa démographie galopante. Et de l’autre côté, il manque cruellement d’infrastructures de base, de main d’œuvre qualifiée; pâti d’un environnement des affaires complexe et d’une absence structurelle d’accès aux capitaux.

Face à ce tableau les investisseurs occidentaux semblent marquer le pas par rapport aux nouvelles puissances asiatiques. L’attrait de la Chine et de l’Inde pour la RDC, comme pour d’autres pays en Afrique, pourrait s’expliquer par la quasi complémentarité de leurs situations. Ces nouvelles puissances ont du capital humain et financier en abondance, mais ne possèdent pas de matières premières en suffisance pour alimenter leur rapide croissance économique. De plus, elles sont indifférentes à la volonté des autorités locales de s’affranchir des conditionnalités, autres que purement économiques, pouvant accompagner certains investissements.

Les choses sont plus contrastées dans le secteur agricole. Alors que la période post-conflit du début des années 2000 ainsi que le boom des matières premières non-alimentaires ont attiré des capitaux considérables, l’agriculture, une fois encore, est restée sous-financée, preuve de son caractère non prioritaire pour les donateurs internationaux et de son déficit d’attractivité pour les investisseurs privés .
Ce n’est qu’en décembre 2011, que le secteur s’est doté d’un cadre réglementaire avec la promulgation par le Président Joseph Kabila de « La loi portant principes fondamentaux relatifs à l’agriculture ». Cependant, cette loi n’a produit aucun effet puisqu’elle n’a pas été suivie de mesures d’encadrement et qu’elle présente des provisions qui doivent être révisées ou précisées comme le fameux article 16 qui restreint le droit de propriété des étrangers. Par conséquent, les investisseurs privés occidentaux, à quelques exceptions près, restent frileux quand pour la Chine, l’agriculture ne constitue pas encore une part importante de sa stratégie en Afrique. En effet, contrairement aux idées reçues, de nombreuses études démontrent que les investissements chinois dans le secteur agricole en RDC restent relativement modestes, du fait notamment d’une absence de connaissance des conditions et des traditions agricoles locales.
Pour les bailleurs de fonds et autres organisations internationales, les priorités sont ailleurs. Comme le relève Théodore Tréfon dans son dernier livre, « Congo’s environmental paradox », quand le budget de la MONUSCO s’élève à quelques USD 1.5 milliard par an, seules USD 100 à USD 150 millions par an sont consacrées aux initiatives visant à relancer l’agriculture.
Les initiatives financées par l’USAID ou l’Union Européenne portent sur les questions de sécurité alimentaire. La Chine convaincue d’avoir une expérience positive à partager avec le pays du fait de son expérience récente en matière agricole, a orienté son aide sur la formation.
La Coopération Technique Belge, quant à elle, s’est concentrée sur des initiatives ayant un impact direct sur les producteurs agricoles telle la réhabilitation des dessertes agricoles.

L’histoire économique, notamment celle de la Chine et du Brésil, nous démontre qu’une agriculture performante est le prérequis à l’industrialisation et donc au développement économique. Et l’enclenchement de ce cercle vertueux ne peut se faire qu’au prix d’investissements considérables et la mise en place d’un environnement propice à l’investissement.

La RDC a le potentiel de se hisser au septième rang des producteurs agricoles mondiaux à condition de s’en donner les moyens et d’éviter l’écueil d’une agriculture non responsable susceptible d’avoir des coûts environnementaux et sociaux incommensurables pour le pays et le monde.

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