Exilés Intérieurs
Travaillant sur le sujet des demandeurs d’asile et réfugiés en Afrique du Sud, le photographe Oliver Petrie s’est rendu à Musina, ville a la frontière Zimbabwéenne pour comprendre leur réalité.

L’Afrique du Sud est depuis toujours un pays d’immigration, que ce soit celle des tribus bantoues venues d’Afrique centrale au 1er siècle ou celle des colonisateurs européens au 17e. Depuis la fin du régime d’apartheid et la venue au pouvoir de l’ANC, ce pays connaît un afflux d’étrangers africains sans égal.

Fuyant des situations économiques, sociales ou politiques difficiles dans leur pays d’origine, de jeunes hommes et femmes issus des quatre coins du continent convergent vers l’Afrique du Sud, réel «Eldorado» dans les imaginaires collectifs, afin de tenter d’y construire une vie meilleure.

L’Afrique du Sud, par sa constitution très progressiste, octroyant de nombreux droits aux réfugiés et demandeurs d’asile afin de faciliter leur intégration, est un pays extrêmement attractif. Mais, depuis quelques années, suivant une tendance globale, cela est en train de changer.

Musina, la ville la plus au nord du pays, est le point de départ pour la plupart de ces nouveaux arrivants. Ici, ils doivent régulariser leurs situations avant de pouvoir continuer la route vers le sud. Chaque jour, plusieurs centaines d’étrangers patientent devant le département du «Home Affairs» afin de tenter d’ d’obtenir le statut de réfugié ou simplement de renouveler leurs permis de séjour.

« En raison d’un trop grand nombre de demandes, les délais sont extrêmement longs et bien souvent un nouvel arrivant doit attendre un mois avant de pouvoir déposer son dossier. Un mois, pendant lequel les demandeurs d’asile doivent subvenir à leurs besoins sans aucune assistance extérieure. »

En raison d’un trop grand nombre de demandes, les délais sont extrêmement longs et bien souvent un nouvel arrivant doit attendre un mois avant de pouvoir déposer son dossier.

Un mois, pendant lequel les demandeurs d’asile doivent subvenir à leurs besoins sans aucune assistance extérieure. Livrés à eux-mêmes, bloqués dans ce sas d’entrée, ils attendent le feu vert pour pouvoir commencer leurs nouvelles vies. Les mieux lotis arrivent à se loger dans des auberges de fortune, petites maisons tenues par des étrangers dans lesquelles des matelas recouvrent la surface habitable afin que chaque mètre carré soit rentabilisé.

Pour ceux qui n’ont plus d’argent, il n’y a que deux solutions : dormir dans la rue ou tenter sa chance dans un des camps de réfugiés improvisés à Nancefield, le township de Musina.

À Musina, l’ennui règne. Les journées se ressemblent toutes, rythmées par de longues conversations autour du “Home Affairs” dans l’attente de son rendez-vous. Un mélange de rumba congolaise et de rap français en musique de fond, de courtes séances de musculation s’improvisent dans un jardin. Le soir, les matchs de football retransmis dans les “dortoirs” font oublier le quotidien.

Une fois les démarches terminées, la majorité voit sa demande refusée et doit entamer une procédure d’appel qui peut prendre de nombreuses années. Pendant ce temps, un titre de séjour provisoire est délivré. Celui-là, bien qu’officiel n’est pas reconnu par toutes les institutions et doit être renouvelé régulièrement, rendant l’intégration en Afrique du Sud Malgré la précarité de cette situation, nombreux sont ceux qui continuent à venir tenter leur chance dans la “Nation Arc-en-Ciel”.

Texte et photos Oliver Petrie 

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