Julien Sinzogan
Né à Porto-Novo en 1957, Julien Sinzogan est un artiste plasticien béninois, vivant en région parisienne. Reconnu internationalement, il clôture une très belle exposition à Bruxelles organisée au HangarH18 en collaboration avec Aude de Vaucresson.

Né à Porto-Novo en 1957, Julien Sinzogan est un artiste plasticien béninois, vivant en région parisienne. Reconnu internationalement, il clôture une très belle exposition à Bruxelles organisée au HangarH18 en collaboration avec Aude de Vaucresson.

Si ses dessins à l’encre sont assurément contemporains, il raconte son pays, sa culture, le Vodun et l’esclavage. C’est une réflexion ouverte qu’il engage. Pour Mining & Business Magazine, il s’entretien avec Aude de Vaucresson.

Aude de Vaucresson : Julien Sinzogan, Qui êtes-vous ?

Yeku-Meji-Julien-Sinzogan

Julien Singozan : Il m’a fallu des années pour que je m’accepte comme artiste. Aujourd’hui, je ne me pose plus la question. J’essaie simplement de lier une certaine poésie avec une certaine esthétique et j’ai la chance d’avoir un petit don. Je tente de puiser dans le passé et de créer un lien avec le présent. Je suis soucieux de la transmission.

ADV : Les thèmes que vous abordez, touchent à votre identité béninoise et à l’histoire du Bénin, l’esclavagisme et le Vodun. Une idée vous tient à cœur est récurrente dans vos œuvres, celle de la porte du retour.

JS : Le concept de la porte du non-retour a été définie par les premiers érudits, qu’ils soient blancs ou noirs, opposés à l’esclavagisme. Le passage par ces lieux était définitif, sans retour. Le sentiment de culpabilité chez tout le monde est toujours vivant. Pour moi, en tout il y a toujours un tout petit bien.
julien_sinzogan_HQ-9La traite négrière a permis aux noirs de s’approprier des terres non originelles, d’ouvrir d’autres pistes. Il faut arrêter de se regarder le passé avec aigreur. A l’idée communément utilisée de porte du non-retour, je préfère le concept plus positif de porte du retour complétée par une de mes autres théories qui est celle de l’Ombilical. C’est un cordon tentaculaire partant de l’Afrique, la mère nourricière qui nous lie aux USA, Brésil, Haïti, l’Europe.. la Jamaïque, la Guyane.. Notre culture, notre identité, nos racines ont été dispersées répandues par la traite négrière aux quatre coins du monde. Voyager au loin dans ces contrées, c’est aller à la rencontre de témoignages du passage de nos ancêtres. Prenons l’exemple de la musique qui court plus vite que les autres arts. Il est communément admis que la musique actuelle congolaise est d’inspiration cubaine. En vérité, la musique cubaine a puisé son inspiration dans les rythmes jazz américains eux-mêmes issus de la culture musicale du continent africain exportée par les esclaves. La boucle est bouclée. En tant qu’artiste, je peux tout utiliser, tout mélanger. Tout est possible. Je peux utiliser la culture Tembé et la remettre en scène autrement.  L’art du Tembé en Guyanne n’est pas innocent à mon principe de la porte du retour et de l’Ombilical. Toutes les traditions africaines ont le sens des signes tracés au sol, souvent initiatiques. Quand les esclaves venant de différents pays d’Afrique, se sont retrouvés en Guyanne, ils ne parlaient pas la même langue et ont imaginé le Tembé pour pouvoir communiquer. Si j’utilise ces symboles Tembé dans mes œuvres, j’amorce un retour.
Egun en pose-Julien-Sinzogan

Grâce à cette dispersion de notre culture, j’estime que nous avons un outil qui devrait faciliter nos échanges inter-continents, pays et nous devrions en profiter.
Ma théorie de la porte du retour se situe d’abord au niveau de la mémoire. Quand j’ai fait mon exposition au Victoria and Albert Museum à Londres, j’ai beaucoup réfléchi à cette théorie. Il y a, à mon avis, trois façons de mourir: la mort réelle, la mémoire falsifiée et enfin, la mémoire perdue. Le principe de la porte du Non-Retour nous a enfermé dans la mort réelle. Il faut supprimer ce « non », et ouvrir la porte de la mémoire. Ce serait comme un vent frais à tous les niveaux. Personne ne veut ouvrir les archives sur la traite négrière. Quand je réfléchis à mon grand-oncle qui avait 5 ans quand son village a été attaqué et sa petite sœur 2 ans. Ils se sont enfuis dans la nuit, leurs parents tués. Ils ont grandi et nous sommes là. La vie a été la plus forte mais si je pouvais juste savoir, comprendre ce qui s’est passé.

Texte : Aude de Vaucresson

www.audedevaucresson.com

Crédit photos Copyright  : Sébastien Delahaye, courtesy Hangar H18 Gallery.

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