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En direct de Paris : Désiré Cashmir Eberande Kolongele, Ministre du numérique

Quelle est la stratégie du président Tshisekedi pour digitaliser l’administration de RDC ?

Entretien avec le ministre du numérique, Désiré Cashmir Eberande Kolongele.

Jusque-là directeur de cabinet de Félix Tshisekedi, Désiré Cashmir Eberande Kolongele a été nommé en avril 2021 ministre du numérique de RDC. Une première : jamais le numérique n’avait eu son propre ministère dans le pays. Un signe de la volonté du président de mener de vraies réformes afin de digitaliser l’administration congolaise, et ainsi éviter fraude, corruption ou encore pertes de revenus. Un mois après son arrivée au ministère, Désiré Cashmir Eberande Kolongele était l’un des trois ministres à accompagner le chef de l’État lors de son séjour à Paris pour le sommet sur le financement des économies africaines du 18 mai, nouvelle preuve de l’importance prise par le numérique dans le mandat de Félix Tshisekedi. Lors de son passage en France, Mining & Business a rencontré le ministre. Verbatim.

Pourquoi un ministère du numérique et une stratégie dédiée

Selon le ministre Eberande, la création par le président Tshisekedi d’un ministère du numérique doit permettre une réforme en profondeur de la manière d’agir de l’administration congolaise. Celle-ci est jusqu’à présent très manuelle, ce qui rend l’intermédiation humaine indispensable à chaque acte. Elle est aussi peu centralisée, chaque information reste donc dans le carcan de son administration. Tout ceci entraine de la déperdition d’informations entre les services et laisse trop souvent la place à la fraude et au clientélisme. Il faut changer cela. Par ailleurs, la digitalisation devrait apporter un plus dans le développement économique de la RDC.

Le Plan national du numérique 

Un document traduit cette vision du chef de l’État : le Plan national du numérique «horizon 2025». Fruit d’une réflexion lancée dès l’arrivée de Félix Tshisekedi à la présidence en 2019, le texte a été finalisé en 2020, mais le ministre entend déjà le modifier ! L’objectif est de le renforcer. À cette fin, il a convié les partenaires internationaux de la RDC, Banque mondiale, FMI, BAD, mais aussi des agences de développement et les représentants de certains États, à une réunion début juin pour l’aider à définir quelles dispositions enlever du texte et quoi y ajouter.

Un code du numérique au plus vite 

Le premier objectif du Plan est de doter la RDC d’un cadre juridique relatif au numérique. Cet instrument est indispensable pour construire des infrastructures digitales dans le pays tout en assurant la protection des données de l’État et des citoyens. Un code du numérique a été rédigé et Désiré Cashmir Eberande Kolongele l’a transmis peu après sa nomination comme ministre à l’Assemblée nationale. Ambitieux, il nous avouait en mai à Paris espérer une adoption par les députés avant la fin de la session parlementaire, le 15 juin.

Le recensement, les finances publiques, l’enseignement, le foncier et la santé dans le viseur 

Si le Plan vise à digitaliser tous les pans de l’administration, certains secteurs sont ciblés en particulier. Il doit d’abord garantir à l’État de connaitre le nombre de personnes vivantes dans le pays en dotant chaque citoyen d’un numéro. Le numérique aidera aussi les finances publiques, qui souffrent d’un manque de traçabilité claire des recettes et des dépenses de l’État ainsi que des collectes de taxes réalisées.

Le numérique doit renforcer la transparence et faciliter la vie des Congolais en mettant sur pied une plateforme de paiement des impôts en ligne. Dans le foncier, le numérique doit réduire les litiges sur la propriété en garantissant la traçabilité de tous les contrats liés à un titre : achat, vente, mutation, jugements, successions, etc. Ceci sécurisera les détenteurs de périmètres fonciers ou de biens immobiliers. Les données de santé seront numérisées, dans le respect bien entendu de la protection des données personnelles.

C’est enfin l’éducation qui bénéficiera largement du digital. Il doit mettre fin aux millions de dollars perdus chaque mois pour rien via des détournements opérés lors du paiement des enseignants au niveau primaire. Des fonds sont versés à des écoles et des enseignants fictifs ou morts, qu’il est temps de retirer des fichiers de paie.

Dans l’enseignement supérieur, listing des promotions et diplômes seront numérisés, rendant impossible de mentir sur sa scolarité ou ses diplômes. Tout pourra être vérifié en ligne par un employeur, une banque, etc., en téléchargeant auprès de l’administration des documents payants, vecteurs de petits revenus supplémentaires pour l’État.

Construire des infrastructures sécurisées

Le ministre nous l’a rappelé, pour rendre l’ambition de digitalisation de l’administration atteignable, la RDC doit se doter d’infrastructures numériques, encore trop peu présentes dans le pays. Un travail est en cours pour rédiger des cahiers des charges précis pour les futurs prestataires, spécifiant les besoins de l’État, en termes notamment de cybersécurité. Même si les appels d’offres n’ont pas encore été publiés, le gouvernement congolais a déjà reçu des offres spontanées de sociétés pour participer au déploiement de ces infrastructures. Des entreprises chinoises comme Huawei, européennes comme Atos et Idemia, mais aussi des sud-africaines, des maliennes, des égyptiennes, et bien sûr des congolaises auraient exprimé leur intérêt selon le ministre.

Vitrine 

Pour démontrer que l’État congolais avance vers sa révolution digitale, le ministre a travaillé durant les premières semaines de son mandat à la mise en place d’un portail de l’exécutif du pays centralisant les informations relatives à la présidence comme au gouvernement. Il a été mis en ligne juste après le sommet de Paris.

Par Lola Berthoud

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