Madame la Consule générale, vous avez une longue expérience en diplomatie, comment pouvez-vous la résumer ?
Cela fait 35 ans que je travaille pour la diplomatie belge. Mon parcours est plutôt particulier. J’ai quitté la Belgique juste après mes études et j’ai voyagé un peu partout dans le monde. Puis je me suis installée au Caire où j’ai commencé à travailler dans notre ambassade comme agent local. Évidemment, j’aurais pu rester en Belgique, passer mes examens, y travailler. Mais j’étais impatiente, je voulais découvrir le monde. Tout de suite après mes études, j’ai quitté la Belgique.
J’ai fait le parcours à l’envers, j’ai passé l’examen après avoir commencé à travailler dans l’Ambassade. Mon premier poste comme Consule, c’était à Kinshasa en 1998-1999. Notre Ambassade était très grande. Il fallait alors gérer le service visa. Après je suis allée au Liban, en Thaïlande, j’ai fait Berlin, Pékin, ensuite, je suis retournée en Afrique, à Nairobi, puis je suis revenue à Kinshasa en 2018. En 2021, j’ai fait quelques intérims à Lubumbashi pour finalement être nommée Consule-Générale en janvier 2022.
[ihc-hide-content ihc_mb_type=”block” ihc_mb_who=”unreg,3″ ihc_mb_template=”2″ ]Mon poste de Consule générale à Lubumbashi et évidemment beaucoup plus large que le consulaire. Outre les services consulaires, les services visa, on fait encore d’autres choses comme la représentation de la Belgique et de l’Europe, car nous sommes le seul consulat européen à Lubumbashi. C’est aussi un poste politique parce que nous sommes en année électorale. Ce poste est donc très important au niveau politique et évidemment économique. La province du Haut-Katanga est minière, l’économie du pays est donc située ici. Le volet de la coopération est important également. Notre action de coopération au développement va s’élargir en 2023.
« Il faut encourager les femmes, surtout si elles ont les capacités de diriger ».
Que pensez-vous de l’inclusion de la femme dans les postes à responsabilité dans la diplomatie par exemple ?
Je suis évidemment pour l’inclusion des femmes. Je pense que la femme doit être indépendante pour se réaliser. Les femmes comme les hommes.
L’indépendance vient avec l’indépendance financière. Dans ce monde-là, sans indépendance financière, on ne peut pas vraiment être libre. J’encourage vraiment chaque jeune fille, jeune femme à avoir son propre travail, ses propres moyens financiers.
Mais dans la vie, il n’y a pas que l’argent. Il faut des passions. Il y a très peu de gens qui trouvent la passion en restant chez soi, sans rien réaliser. Je crois que c’est plutôt dans le domaine public que l’on peut s’épanouir.
En vérité, j’ai énormément de respect, d’admiration pour les femmes africaines en général. J’ai travaillé au Caire, au Kenya… Je vois partout des femmes très bien éduquées qui ont un parcours professionnel impressionnant. Je sais que le contexte est beaucoup plus difficile que chez nous, c’est pour cela que je les apprécie tant.
Il faut évidemment que beaucoup plus de femmes soient incluses. Dans tous les domaines, les banques, les industries… Mais, cela dit, on trouve un grand nombre de femmes dans tous les secteurs ici. Je crois qu’on va dans la bonne direction, mais il faut continuer.
Quand on est Consule, on a une grande charge de travail, comment gère-t-on sa vie privée ?
La difficulté avec la diplomatie, c’est la famille, les conjoints, les enfants. C’est vrai que ces derniers n’ont pas choisi cette vie, ce n’est pas toujours facile. Aujourd’hui, mes enfants sont déjà grands, ils ont leur propre vie. J’ai beaucoup plus de liberté.
Mais, auparavant, j’avais une famille à gérer. Mon partenaire avait également sa propre carrière. C’est probablement la raison pour laquelle je suis restée longtemps dans le cadre moyen parce que j’avais un peu de temps pour gérer ma famille. Et mieux choisir les postes. Être le conjoint d’un ambassadeur n’est facile ni pour les femmes ni pour les hommes. Pour les hommes, c’est certainement même plus difficile. À Lubumbashi, la vie sociale est plutôt facile facile, on a des loisirs, du sport.
Dans les cinq ou dix prochaines années, comment voyez-vous la femme congolaise ?
Je la vois continuer dans la bonne direction. Je souligne que la Belgique, dans sa coopération politique, met un focus dessus. Nos programmes entendent renforcer les capacités de femmes en politique. Il faut savoir que la diplomatie belge compte actuellement que 13% seulement de femmes sont des cheffes de postes. Notre ministère a une mission pour augmenter ce nombre. Déjà pour l’été à venir, on va passer à 17%. Et bientôt, nous aurons une femme ambassadrice en RDC. Il faut donc travailler avec des quotas, des programmes de formation, encourager les femmes, surtout si elles ont les capacités de diriger.
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Entretien recueilli par Iragi Elisha pour M&B. Lubumbashi. 31 janvier 2022.


