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La conférence Investing in African Mining Indaba reprend des couleurs.

Après une édition en visioconférence en 2021 pour cause de pandémie de Covid, puis une autre décalée à un glacial mois de mai 2022, la conférence Investing in African Mining Indaba a renoué avec ses bonnes habitudes de début février. Nous y étions.

Après une édition en visioconférence en 2021 pour cause de pandémie de Covid, puis une autre décalée à un glacial mois de mai 2022, la conférence Investing in African Mining Indaba a renoué avec ses bonnes habitudes de début février. Nous y étions.

Compagnies minières, sociétés de services, investisseurs, délégations gouvernementales comme l’industrie du secteur sur le continent, les couloirs du CTICC étaient de nouveau bondés. Les restaurants du Waterfront, hôtels, villas de Camps Bay, mais aussi les vignobles de la région réquisitionnés pour les soirées networking. Parmi les incontournables, les cocktails TMB, Tantalex ou Vuka Group les organisateurs de la DRC Mining Week. Un event, 121, rendez-vous désormais incontournable du speed dating entre juniors minières et investisseurs, a fait le plein comme d’habitude.

De l’importance de savoir communiquer

Indaba, c’est avant tout le « show » dans la selle principale, et cette année, le Congo a été à l’honneur avec la tribune du président Tshisekedi. Habitué des prompteurs, il n’a pas manié la langue de bois accusant sans faux semblants l’agresseur rwandais. Prononcé devant l’industrie minière, on entendait entre les lignes, l’aide militaire demandée par le président de la RDC à son homologue Sud-Africain.  La deuxième partie de l’allocution destinée à motiver de nouveaux investisseurs insistait un peu trop sur une valorisation plus progressiste du  « doing business » dans « son » pays.

30 mn après les belles perspectives dessinées par l’exploitation minière en RDC aurait-il fallu que Gécamines s’exprime ?

Parmi les grands orateurs de l’industrie également présents, les géants, Robert Friedland (Ivanhoe mines), Mark Bristow (Barrick), ou encore Benedikt Sobotka (ERG).

Ces trois « bons clients » comme disent les journalistes ont fait leur show habituel. Mention spéciale recyclage pour le patron de Barrick qui n’avait remplacé que trois virgules à sa présentation de l’an passé.

Tous les trois s’étaient aussi rendus au Future Minerals Forum de Riyad  en janvier. Un nouveau raout minier sur les opportunités en Arabie saoudite qui fait désormais le plein d’investisseurs également présents en Afrique, et qui explique peut-être, la réduction du gigantisme du pavillon saoudien à Indaba ![ihc-hide-content ihc_mb_type= »block » ihc_mb_who= »unreg,3″ ihc_mb_template= »2″ ]

À 25 000 USD les huit minutes, la RDC a  fait le plein

Comme chaque année, le petit déjeuner RDC du mercredi matin a été le « country case » le plus couru de Mining Indaba. Le tout Mining Indaba s’est à nouveau pressé dans la salle désormais trop petite pour écouter Son Excellence Antoinette Nsamba Kalambayi, ministre des Mines, Louis Watum, Président de la Chambre des Mines, mais aussi les incontournables (à 25 000 dollars les 8 minutes) que sont Barrick, Glencore, Rawbank, Equity ou MMG.

Lors de son allocution, Madame Nsamba Kalambayi a rappelé une vérité parfois oubliée par les investisseurs : c’est grâce aux minerais congolais de la transition énergétique qu’on améliora la situation de la planète mais seulement en valorisant l’environnement direct des mines de RDC, interpellant ainsi à de meilleures conditions d’exploitation sur les sites congolais, pour l’impact environnemental, la sécurité et le bien être des travailleurs.

Le « Pasteur du secteur », surnom qui lui a été donné ce matin-là par le maitre de cérémonies, Louis Watum, DG de KICO, a pour sa part salué des évolutions positives récentes dans le secteur en RDC, parlant des accords signés avec d’autres états pour développer des batteries  au Congo, mais aussi la création d’un club national de la sous-traitance au niveau de la Chambre des Mines à  Objectif : « aider les jeunes à faire des affaires, pas carrière », poussant les locaux là mettre en oeuvre leurs propres projets. Dans la même veine, le patron des miniers a ajouté : « on ne fait pas du Mining pour faire de l’argent, mais pour créer des richesses pour toutes les parties prenantes ».

Rappelant que le secteur minier vit de l’exploration géologique, Louis Watum a rappelé que la  condition sine qua none du « doing business » était  subordonné à la garantie par le gouvernement d’un climat favorable pour  que « les affaires se fassent »,.

Il a ajouté que sans des conditions pour inciter à explorer puis à exploiter, aucun nouveau projet ne se lancera. Monsieur Watum a également enjoint le gouvernement à  permettre aux locaux de produire une électricité « cheap and clean » made in RDC en octroyant les licences et les droits nécessaires pour que les projets privés d’électricité concrétisent, rendant possible une énergie moins onéreuse.

Quant au directeur général de l’ARSP,  Miguel Kashal Katemb , il a  le vent en poupe. Sa tribune lui a permis de marteler son adresse au  who’s who de l’industrie minière : « l’objectif  de notre action est la re-appropriation de la sous-traitance dans l’industrie minière par des congolais. La lutte contre les prête-noms a commencé ». Nul doute que  la méthode permettra de créer, dixit la nouvelle star du gouvernement, toute une classe de nouveaux millionaires. On a des étoiles plein les yeux.

Plus de traçabilité dans l’or congolais ?

On a noté la présence d’ un petit nouveau : Primera Gold. Détenue à 55 % par les Émirats arabes unis et 45 % par la RDC, cette société ambitionne d’exporter légalement l’or produit dans les mines artisanales de l’est du pays. La solution pour lutter contre le trafic clandestin via le Rwanda et l’Ouganda ? Des premiers lots de près de 30 kilos ont déjà été exportés en janvier 2023 depuis le Sud Kivu et les ambitions sont grandes, avec 15 à 25 tonnes chaque année ! Des volumes tellement énormes qu’ils interrogent sur la crédibilité de ce projet, mais qui donnent de l’espoir, celui d’améliorer la situation dans les mines de RDC, qui font face à la violence et à l’illégalité depuis de très longues années.

Le DG, Joseph Kazibaziba, a par ailleurs affirmé que Primera Gold  entend promouvoir une classe moyenne en RDC et  donner du pouvoir aux communautés locales. Vaste programme !

Dans la Copperbelt, la Zambie un nouvel el-dorado pour les investisseurs ?

La période est bonne pour la Zambie. Ses représentants semblaient satisfaits de leur séjour au Cap. Le sous-sol du pays, qui regorge de cuivre et de cobalt comme son voisin la RDC, attire ceux qui veulent développer des projets dans les minéraux stratégiques de la transition énergétique. Avec l’élection du président Hakainde Hichilema en 2021, le pays se dit aussi désormais plus « open for business », ce qui s’est concrétisé par l’adoption en 2022 d’une nouvelle stratégie minière accueillante pour les entreprises étrangères et promouvant le contenu local. Stable et sécurisée, la Zambie ne peut qu’attirer les investissements.

Avec ce nouvel intérêt pour le pays et un environnement d’affaires attractif les délégués zambiens espèrent donc atteindre leur objectif d’accroissement de la production de cuivre, passant de 800 000 tonnes annuelles pour le moment à 3 millions dans quelques années.

Mais ceci ne pourra se faire que par la découverte de nouveaux gisements. Pour un nouvel élan minier, il faut donc de nouvelles explorations. Une ambition qui semble atteignable grâce aux campagnes lancées sur des concessions par plusieurs juniors présentes dans les couloirs de Mining Indaba et de 121 : Zamare Minerals, Deep-South Resources, BeMetals Corp, etc. Et qui cible également le lithium, ainsi que l’autre richesse minière de la Zambie au-delà du cuivre que sont les pierres précieuses, en particulier les rubis.

Comme la RDC, la Zambie espère enfin accroître la transformation et la valorisation des minerais sur son territoire, notamment via le partenariat signé l’an dernier avec Kinshasa et Washington dans les batteries.

Buzz sur les minéraux critiques angolais

Il  y avait foule ! Depuis l’élection de João Lourenço en 2017 et la fin de la mainmise de l’ex-famille présidentielle, les Dos Santos, sur les ressources de l’Angola, le pays fait le buzz auprès des explorateurs miniers. Rio Tinto, De Beers pour les diamants,  Anglo American y a acquis des permis de cuivre, nickel et cobalt gigantesques, de la taille de la Belgique ! Ces géants ne vont pas n’importe où, mais uniquement là où ils pensent pouvoir trouver de nouveaux gisements de classe mondiale, on peut comprendre alors pourquoi le monde scrute le potentiel de l’Angola, pour se tailler une part du gâteau.

Cet intérêt pour l’Angola est justifié  par une géologie exceptionnelle. Outre les  diamants comme le rappelait Canga Xiaquivula, président de l’institut géologique angolais, on y trouve 51 autres minerais stratégiques, critiques pour la transition énergétique. Parmi eux, le plus recherché, le lithium, mais aussi des terres rares, de la bauxite, du cuivre, du cobalt, du nickel, du fer, etc.

Pourtant, pour devenir un leader de la production minière africaine comme il l’est déjà dans le pétrole, l’Angola doit faire sa révolution. Et pas uniquement par sa communication, en prenant deux stands à Indaba et en se proclamant « haut lieu des minerais critiques ». L’Angola, comme le disaient son ministre des mines Diamantino Azevedo et un représentant d’Endiama, souffre de ses infrastructures. Des routes en  mauvais état dans les lieux isolés où se trouvent les gisements et l’absence de connexion au réseau électrique national dans ces zones reculées. De  quoi dissuader les investisseurs.

Une révolution donc nécessaire. Celle des infrastructures presqu’inexistantes. L’accès à l’électricité dans les zones reculées et    privées de connexion au  réseau électrique national.

Sur le même thême : les mines dans la transition énergétique

Parmi les thèmes majeurs abordés lors de Mining Indaba en 2023 : la contribution du secteur minier au passage à une économie verte. Comme depuis quelques années, le caractère essentiel des minerais africains pour la transition énergétique était le centre des conversations et des panels à Indaba.

Une seule chose semble avoir changé : on ne parle plus tellement de battery metals mais plutôt de critical minerals. Critiques en  raison de leur caractère essentiel et la difficulté à s’approvisionner. En effet, les ressources en ces minerais sont limitées, parfois situées dans des zones à risques et à la chaîne de valeur quasi entièrement contrôlée par un seul acteur, la Chine. Rendant le ravitaillement en ces minerais d’autant plus difficile quand il s’agit de s’approvisionner de manière responsable, en respectant les standards ESG.

 

Ces nouveaux acteurs étrangers qui ciblent les minerais africains

Lente au démarrage, mais enfin là. l’Union européenne (UE) était présente cette année à Indaba.

Elle n’était pas encore sur le main stage comme les États-Unis, mais se positionne déjà comme un partenaire du développement responsable des ressources minières stratégiques africaines, pour s’assurer des approvisionnements. Le 8 février, un panel sur le partenariat UE-Afrique dans le secteur minier a été organisé. pour une chaîne de valeur responsable dans le secteur minier.  Et il  y avait du beau monde, en particulier Sheila Khama, ancienne PDG de De Beers au Botswana.

Un sujet abordé par les bureaux de recherche géologiques français (BRGM) et allemand (BGR) le même jour. Ces deux institutions travaillent actuellement sur le PanafGeo, qui vise à cartographier les ressources du continent et les rendre plus accessibles, mais aussi sur leur nouveau projet AfricaMaVal. Celui-ci entend sécuriser l’approvisionnement de l’UE en minerais critiques en finançant des projets responsables d’exploitation de ces ressources en Afrique.

 

David  Sturmes FCA (son intervention)

Lola Berthoud et les envoyés de la Rédaction de M&B Magazine

Cape Town – février 2023

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