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ÉDITORIAL : GHANA : L’AFRIQUE DOIT CESSER D’EXPORTER SA RICHESSE À L’ÉTAT BRUT

L’Afrique est riche. Pourtant, cette richesse ne se traduit pas toujours par une industrialisation à la hauteur de son potentiel. Depuis des décennies, le continent exporte des minerais, des fèves de cacao et d’autres matières premières, avant d’importer des produits transformés à des prix souvent bien supérieurs. Ce modèle économique mérite d’être profondément repensé.

La volonté affichée par le Ghana constitue, à cet égard, un signal politique fort. En misant sur la transformation locale de la bauxite, du manganèse, du lithium, du fer, de l’or et du cacao, Accra entend retenir davantage de valeur ajoutée sur son territoire, créer des emplois et renforcer son tissu industriel.

Mais l’ambition ne suffira pas. Interdire ou restreindre les exportations de matières premières brutes sans disposer d’usines opérationnelles, d’une énergie fiable, d’infrastructures adaptées et de financements conséquents pourrait produire l’effet inverse de celui recherché. La transformation locale doit reposer sur une stratégie industrielle cohérente, et non sur la seule volonté de fermer les frontières commerciales.

C’est précisément là que se joue la crédibilité de cette initiative. Le Ghana devra démontrer qu’il peut transformer ses ressources à des coûts compétitifs, attirer les investissements nécessaires et garantir des débouchés à ses produits finis et semi-finis.

LA RDC FACE À SES RESPONSABILITÉS

Pour la République démocratique du Congo, cette ambition doit servir d’interpellation. Premier plan mondial dans plusieurs minerais stratégiques, le pays dispose d’atouts considérables pour développer des industries de transformation, notamment dans les filières du cuivre, du cobalt et du lithium.

Pourtant, posséder les ressources ne signifie pas automatiquement maîtriser les chaînes de valeur. La souveraineté minière ne peut se limiter à l’exploitation des gisements, à la perception des redevances ou à la négociation des contrats. Elle doit également se mesurer à la capacité de transformer localement les minerais, de développer des compétences techniques et de créer des emplois durables.

Il serait toutefois illusoire de croire qu’une interdiction générale des exportations constitue, à elle seule, la solution. La RDC, comme le Ghana, doit d’abord consolider ses infrastructures énergétiques et logistiques, améliorer le climat des affaires et encourager les investissements industriels. L’État, le secteur privé et les partenaires techniques ont chacun un rôle à jouer.

TRANSFORMER POUR SE DÉVELOPPER

L’enjeu dépasse les frontières ghanéennes et congolaises. Il concerne l’ensemble d’un continent qui aspire à peser davantage dans l’économie mondiale. L’industrialisation ne se décrète pas : elle se prépare, se finance et se construit dans la durée.

L’Afrique ne doit plus considérer ses ressources naturelles uniquement comme des produits d’exportation, mais comme les fondations d’une économie productive. Chaque tonne de minerai transformée localement, chaque unité industrielle créée et chaque compétence technique développée peuvent contribuer à modifier durablement la structure de ses économies.

Le pari du Ghana sera donc jugé moins sur la force de son annonce que sur les résultats obtenus. Pour la RDC et le reste du continent, la leçon est claire : la véritable richesse ne réside pas seulement dans ce que le sous-sol contient, mais aussi dans la capacité des nations africaines à transformer ce qu’elles en extraient en prospérité pour leurs populations.

MB

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