RDC: où va la Gécamines?
Sa production est au plus bas, son endettement au plus haut, ses partenaires internationaux lui font faux bond et, pour ne rien arranger, le contexte politique ne joue pas en sa faveur. Bref, la Générale des carrières et des mines navigue à vue.

Sa production est au plus bas, son endettement au plus haut, ses partenaires internationaux lui font faux bond et, pour ne rien arranger, le contexte politique ne joue pas en sa faveur. Bref, la Générale des carrières et des mines navigue à vue.

Le 9 septembre, le président de la Gécamines, qui est également le patron de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) défendait son bilan dans l’émission de radio Éco d’ici, Éco d’ailleurs, face aux journalistes de RFI et de JA. Il affirmait que sa compagnie, détenue entièrement par l’État, avait les moyens de reprendre en main les actifs cuprifères du Katanga avec un nouveau plan de relance de la production. Malheureusement, bien peu d’observateurs et spécialistes du secteur minier de la RDC croient encore à la renaissance de la Gécamines. « À Lubumbashi, tout le monde sait bien que la Gécamines d’antan ne reviendra pas », regrette un cadre d’un groupe minier international. « La compagnie n’attire plus les meilleurs professionnels congolais. La protection sociale qu’elle offrait auparavant à ses employés appartient au passé, et nombreux sont les arriérés de salaires. Surtout, sa réputation de mauvaise gestion est établie, notamment en raison de l’immixtion du politique dans son management ». Nombreux sont ceux, pour qui le discours d’Albert Yuma reste incantatoire. Ils se souviennent du premier plan de relance de la Gécamines, en 2011, resté lettre morte. Lui aussi visait à redonner la main à la compagnie – et non à ses partenaires étrangers – sur l’exploration et l’extraction, tout en apurant un passif de 1,7 milliard de dollars. Cinq ans plus tard, faute d’une aide financière de l’État – qui avait promis 800 millions de dollars mais ne les a jamais décaissés –, l’endettement est resté pratiquement inchangé. Aussi, « personne n’a vu la couleur des 962 millions de dollars d’investissement annoncés à l’époque », s’offusque un membre de la Chambre des mines à Lubumbashi. Quant à l’activité d’exploration de nouveaux gisements, destinée à préparer l’avenir, elle n’a toujours pas démarré. Bref, la production n’a pas décollé. Avec seulement 25 000 tonnes de cuivre de production propre prévues en 2016 (soit la moitié moins qu’en 2015), les objectifs du nouveau plan évoqués au début de septembre par Albert Yuma (75 000 tonnes en 2017, puis 100 000 tonnes en 2018) ne convainquent pas grand monde, compte tenu du délabrement des usines de la vieille dame. Aux usines de Lubumbashi, par exemple, on ne produit plus rien. La seule activité qu’on y enregistre, est le chargement de camions qui doivent exporter les pellets de zinc produits dans l’usine de STL vers l’étranger.

Les chiffres mentionnés ci-haut n’ont rien de grandiloquent comparés à ceux du temps de la splendeur de la compagnie, au milieu des années 1980, quand la production flirtait avec les 500 000 tonnes de cuivre par an. Certes, le patron peut se vanter d’avoir évité la faillite de la compagnie, mal en point quand il en a pris la tête en 2010, et cassé les « mauvais partenariats » pour en nouer de nouveaux avec des groupes chinois – dont celui des gisements de Deziwa et d’Écaille C, repris en 2013 et confiés à China Nonferrous Metals Company (CNMC) en juin dernier mais tout reste à faire pour relever le groupe, renouer avec l’efficacité opérationnelle et renflouer ses finances. La conjoncture actuelle, avec des cours du cuivre aux alentours de 4 700 dollars la tonne (contre 8 500 dollars en 2012), ne lui facilite pas la tâche, les grands acteurs du secteur préférant mettre la pédale douce sur la production, comme c’est le cas de Glencore, qui a réduit la voilure dans sa mine de Kamoto. En outre, Albert Yuma et son équipe doivent trouver une issue à la bataille qui les oppose aux Américains de Freeport-McMoran et aux Canadiens et Suédois de Lundin Mining pour la reprise de Tenke Fungurume, la première mine de cuivre de la RDC. Avec une production annuelle d’environ 200 000 tonnes, elle a généré 1,38 milliard de dollars de revenus et un excédent brut d’exploitation de 513 millions de dollars en 2015. Détentrice de 20 % des parts du projet, la Gécamines entend bien empêcher la revente sans son accord, pour 2,65 milliards de dollars, des parts de Freeport-McMoran (56 %) à China Molybdenum. Annoncée le 9 mai, l’opération n’est toujours pas finalisée, en raison de l’activisme de la direction de la Gécamines, ulcérée par le fait qu’un actif congolais puisse être revendu sans son intervention. Dans une interview accordée à l’agence Reuters, Jacques Kamenga, directeur général par intérim, a annoncé avoir déposé une contre-offre de rachat, le 7 septembre. « Si Freeport-McMoran veut vendre et si China Molybdenum veut vraiment acheter, qu’ils le fassent, mais en se mettant à table avec la Gécamines. Dans le cas contraire, la compagnie trouvera sans souci un autre repreneur », avertit un proche d’Albert Yuma . Des groupes chinois et nord-américains auraient déjà fait part de leur intérêt et seraient prêts à sortir les quelque 3 milliards de dollars d’investissements nécessaires, quelle que soit la conjoncture.

Une participation grandissante dans les opérations minières

Dans la trentaine de mines dont la Gécamines est actionnaire au Katanga, le plus dur sera de faire en sorte que les nouveaux partenaires des projets intègrent une participation grandissante de la compagnie congolaise aux opérations afin que celle-ci soit, à terme, le véritable opérateur des mines, et non un actionnaire minoritaire qui se contente de prendre sa part de dividendes. Albert Yuma Mulimbi met en avant le modèle de partenariat avec CNMC pour les gisements de Deziwa et d’Écaille C. Il prévoit un retrait progressif du partenaire chinois et une montée au capital de la Gécamines grâce aux revenus générés par ses parts. D’ici une dizaine d’années, la compagnie héritera d’un gisement produisant 200 000 tonnes par an et en sera actionnaire à 100 %. Les détracteurs des partenariats avec des entreprises chinoises –nombreux parmi les salariés de la Gécamines et organisés en une kyrielle d’associations, de partis politiques et de syndicats – dénoncent le fait que ces groupes ne prévoient aucun plan de transformation du minerai sur place et critiquent leurs pratiques sociales et  environnementales.

Dépolitisation

Un autre défi, tout aussi crucial, qui se pose à la direction générale de la Gécamines est celui de la dépolitisation de l’ex-compagnie publique, régie depuis 2010 par un statut d’entreprise commerciale. L’intérim de Jacques Kamenga, nommé après l’éviction d’Ahmed Kalej Nkand pour “graves erreurs de gouvernance”, s’éternise depuis août 2014. « Il aurait dû être remplacé depuis longtemps par un professionnel congolais expérimenté pouvant faire contrepoids au président du conseil d’administration, actuellement seul maître à bord », estim un observateur. Aussi, les conflits du président de la Gécamines avec divers décideurs politiques entravent le développement de la société et le déblocage de crédits publics. Albert Yuma ne cesse de se heurter au Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, qui juge sévèrement la gouvernance d’une compagnie sur laquelle il n’a pas prise. Dans un contexte politique tendu et alors que le secteur minier demeure malgré tout le moteur économique du pays, il semble peu probable que la dépolitisation de la compagnie soit à l’ordre du jour et que les responsables – proches du pouvoir ou de l’opposition – s’accordent sur la stratégie à suivre.

Source : Jeune Afrique/ Christophe Le Bec

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