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KOLWEZI : QUAND LE COBALT S’INVITE JUSQUE DANS LES MAISONS DE MUSONOÏ

À Musonoï, dans la ville de Kolwezi, l’exploitation du cobalt et du cuivre s’invite jusque dans les parcelles résidentielles. Dans les cellules Kabila 1 et 2, certaines familles vont jusqu’à abandonner leurs maisons pour permettre l’exploitation du sous-sol. Derrière cette ruée artisanale se développe toute une économie, mais aussi des risques croissants pour les mineurs et les habitants.

Le paysage de Musonoï change rapidement. Des trous apparaissent au milieu des avenues, tandis que des tas de remblais occupent les espaces libres des parcelles.

Dans certains endroits, les descentes vers les puits se trouvent même à l’intérieur des maisons, dans les salons ou les chambres.

Sur place, des puits dépassant parfois 70 mètres de profondeur et des galeries souterraines accueillent de nombreux creuseurs. Dans certains cas, jusqu’à 70 personnes travaillent sur un même puits. Des sacs de minerais remontent régulièrement à la surface avant d’être transportés à moto ou par camion vers les comptoirs, puis les unités de traitement.

Une économie autour de chaque puits

Cette exploitation artisanale ne profite pas uniquement aux creuseurs. Chaque puits fonctionne selon une organisation connue des différents intervenants.

Le propriétaire de la parcelle fournit l’espace, tandis que le propriétaire du puits finance notamment les travaux de découverture. Les creuseurs assurent l’extraction. Pour éviter les conflits, les parties se répartissent à l’avance les jours de production.

Le propriétaire de la parcelle prélève, selon les informations recueillies sur place, 10 % de la production brute. La coopérative d’encadrement des exploitants artisanaux bénéficie également de cette activité. Des services présents dans la zone y perçoivent aussi des taxes.

Le SAEMAPE, pour ses interventions techniques, percevrait 100 000 CDF par puits chaque samedi, soit environ 45 dollars, selon les informations recueillies.

Une activité rentable, mais dangereuse

Pour de nombreuses familles, cette exploitation représente une source de revenus indispensable. Mais les conditions de travail exposent les creuseurs à des risques importants.

« Il y a les éboulements et les creuseurs meurent quotidiennement ici. Au mois d’août dernier, nous avons repêché le corps de ces creuseurs artisanaux après l’éboulement d’un puits », témoigne un agent de sécurité.

La fragilisation du sol constitue une autre préoccupation. Les excavations, les remblais et l’intensification des travaux, dans une zone déjà marquée par l’exploitation industrielle de COMMUS, exposent certaines habitations aux fissures, aux affaissements et aux effondrements.

Le revers de la transition énergétique

Musonoï n’est pas un cas isolé. Des activités similaires ont également été signalées à Mutoshi et Kasulu, toujours à Kolwezi.

Alors que le cobalt et le cuivre sont devenus des minerais stratégiques pour la transition énergétique mondiale, leur exploitation révèle aussi son revers : derrière la demande internationale en minerais critiques, des communautés vivent parfois au plus près des zones d’extraction, avec des conséquences directes sur leur habitat et leur sécurité.

À Kolwezi, la question n’est donc plus seulement de savoir combien de cobalt peut être extrait, mais à quel prix humain, social et environnemental.

Héritier Maila / La Guardia Magazine

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