Un produit destiné à l’agriculture est de plus en plus utilisé dans les habitations pour éliminer les moustiques et autres nuisibles. Une étude scientifique publiée le 29 octobre 2026 rapporte 22 cas d’intoxication suspectée dans trois grandes villes congolaises, relançant la question du contrôle des pesticides et de leur utilisation.
Un détournement d’usage aux conséquences sanitaires
Commercialisé en République démocratique du Congo (RDC), l’insecticide Lava gagne du terrain dans les ménages, notamment à Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi. Initialement conçu pour la lutte contre les parasites dans le secteur agricole, ce produit est désormais utilisé par certains particuliers pour combattre les moustiques, les cafards et d’autres insectes domestiques.
Cette pratique expose cependant les populations à des risques sanitaires. Une étude publiée dans la revue scientifique Toxicology Communications fait état de 22 cas d’intoxication suspectée après l’utilisation en intérieur de produits contenant du dichlorvos, notamment Lava et Sniper. Les cas ont été recensés entre le 7 décembre 2025 et le 25 février 2026 dans les trois villes précitées.
Sur les 22 personnes concernées, 14 ont été hospitalisées. Les manifestations rapportées comprennent principalement des maux de tête, des difficultés respiratoires, des vertiges et des nausées. Un patient admis à Kinshasa a même présenté un état de coma avant de se rétablir.
Le dichlorvos au cœur des préoccupations
Le principal élément d’inquiétude concerne le dichlorvos, une substance organophosphorée présente dans la composition de Lava. Selon les chercheurs, ce produit est classé parmi les pesticides hautement dangereux par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
L’étude souligne que les intoxications sont notamment survenues après des pulvérisations dans des pièces fermées, parfois pendant la nuit, sans équipements de protection et en présence d’autres occupants du logement. L’utilisation de récipients improvisés pour pulvériser le produit constitue également une source de préoccupation.
Les auteurs précisent toutefois que l’absence de mesures biologiques de l’activité des cholinestérases ne permet pas de confirmer formellement tous les cas d’intoxication.
Un défi pour la réglementation congolaise
Au-delà des risques individuels, cette situation pose la question de la commercialisation, de l’étiquetage et du contrôle des produits phytosanitaires en RDC. Destinés à des usages agricoles ou professionnels, certains insecticides se retrouvent dans les circuits de consommation domestique sans que les utilisateurs disposent nécessairement des informations nécessaires sur leur dangerosité.
Les chercheurs signalent qu’une interdiction de plusieurs produits contenant du dichlorvos a été décidée en RDC le 26 août 2026. L’application effective de cette mesure et la surveillance des circuits de distribution constituent désormais des enjeux importants.
Pour un pays confronté à des défis sanitaires et environnementaux, le contrôle des pesticides ne relève donc pas uniquement de la politique agricole. Il concerne également la santé publique, la protection des consommateurs et la sécurité des ménages. La sensibilisation des populations et le renforcement de la surveillance des intoxications apparaissent essentiels pour prévenir de nouveaux cas.
Héritier Maila / RFI


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