Bruxelles renoue avec l’un des artistes les plus singuliers de la scène contemporaine internationale. Depuis le 18 septembre 2026 et jusqu’au 7 mars 2027, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, connu sous le nom de Bozar, accueille William Kentridge pour une importante exposition intitulée « I am not me, the horse is not mine ». Cette rétrospective retrace un parcours artistique entamé au début des années 1980 et profondément marqué par les bouleversements politiques et sociaux de l’Afrique du Sud.
Né en 1955 à Johannesburg, William Kentridge a développé son langage artistique dans un contexte de lutte contre le régime de l’apartheid. Son travail s’est progressivement imposé comme une réflexion sur les mécanismes de domination, les injustices raciales, la violence politique et les traces laissées par l’histoire dans les sociétés.
L’exposition rassemble plusieurs formes d’expression qui caractérisent sa démarche : dessins, gravures, films d’animation, vidéos, sculptures et installations. Elle accorde également une place importante à ses productions théâtrales et lyriques, révélant un artiste qui refuse de cloisonner les disciplines.
Un retour chargé d’histoire à Bruxelles
Cette nouvelle présence à Bozar revêt une dimension particulière. Bruxelles entretient depuis plusieurs décennies une relation artistique avec Kentridge. En 1995, la capitale belge avait accueilli la création de son opéra « Faustus in Africa! ». Trois ans plus tard, en 1998, Bozar présentait sa première exposition personnelle institutionnelle en Europe.
Près de trois décennies après cette première rencontre avec le public bruxellois, l’artiste revient dans un espace qui lui consacre cette fois un parcours beaucoup plus vaste. Il intervient également sur place à travers des créations spécifiques, notamment un dessin mural monumental autour du personnage d’Ubu et un hommage à la danseuse et chorégraphe sud-africaine Dada Masilo.
La rétrospective ne se limite pas à une présentation chronologique de ses œuvres. Conçue comme une composition musicale, elle met en relation différentes périodes de création et fait dialoguer les images, les récits historiques et les expériences scéniques.
L’art comme instrument de mémoire politique
Au-delà de sa dimension esthétique, l’œuvre de William Kentridge interroge les sociétés sur leur rapport au passé. L’apartheid constitue l’une de ses principales sources d’inspiration, mais sa réflexion dépasse les frontières sud-africaines. Elle aborde également les héritages du colonialisme, les régimes autoritaires, les migrations et les rapports de domination.
L’artiste utilise notamment le dessin et le cinéma d’animation pour faire émerger des histoires complexes, parfois contradictoires. Ses personnages, ses décors et ses mises en scène évoquent les transformations politiques, les espoirs collectifs et les désillusions qui traversent les sociétés.
Cette démarche trouve également un écho dans l’histoire des relations entre l’Europe et l’Afrique. Kentridge a notamment évoqué son intérêt pour l’histoire coloniale africaine et le passé de la Belgique au Congo. Une dimension qui donne une résonance particulière à sa présence dans la capitale belge.
Pour la saison culturelle 2026-2027, Bozar a d’ailleurs choisi l’artiste comme premier « Grand Invité », un dispositif qui dépasse le cadre de l’exposition et associe son univers à des spectacles, concerts, rencontres et collaborations artistiques.
En accueillant cette rétrospective, Bruxelles ne célèbre donc pas seulement quatre décennies de création. Elle ouvre également un espace de réflexion sur la manière dont l’art peut questionner les pouvoirs, préserver la mémoire des injustices et contribuer à la compréhension des histoires collectives.
MB / TV5


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