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AFRIQUE : L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE S’INVITE DANS LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES, LA FORMATION DES AGENTS DEVIENT UN ENJEU STRATÉGIQUE

L’intelligence artificielle gagne progressivement du terrain dans les stratégies de modernisation des administrations africaines. La formation des fonctionnaires apparaît désormais comme une condition essentielle pour réussir cette transition. Dernière illustration de cette évolution, la Zambie a lancé, le 2 novembre 2026, un programme de formation de cinq jours destiné aux décideurs, responsables informatiques et experts techniques des institutions publiques.

Organisée par le SMART Zambia Institute en partenariat avec le groupe chinois Huawei, cette initiative prévoit des enseignements gratuits dispensés par des spécialistes venus de Chine. Au programme figurent notamment les modèles de langage, la formulation de requêtes et les agents d’intelligence artificielle. L’objectif affiché est de renforcer l’efficacité des institutions, d’améliorer la prise de décision fondée sur les données et de moderniser les services publics.

La productivité administrative au cœur des ambitions

Cette initiative zambienne s’inscrit dans une dynamique observée dans plusieurs pays du continent. Au Nigeria, une consultation menée par l’UNESCO auprès de 330 fonctionnaires a révélé que l’amélioration de l’efficacité dans le travail quotidien constituait le premier bénéfice attendu de l’intelligence artificielle, avant même l’amélioration des services publics.

En réponse à ces attentes, l’UNESCO a organisé, en février 2025, deux sessions de formation réunissant 80 agents issus des ministères du Développement de la jeunesse et de l’Information et de l’Orientation nationale. Les enseignements ont notamment porté sur la conception des services publics, la gestion des projets, la protection des données et la cybersécurité.

En Afrique du Sud, l’intégration de l’IA prend également une dimension opérationnelle. Lancé en août 2026, le chatbot Batho Pele permet aux fonctionnaires d’accéder aux circulaires administratives, aux textes législatifs et aux actualités relatives aux politiques publiques dans neuf langues officielles. Pour les autorités, cet outil doit réduire le temps consacré à la recherche documentaire et faciliter les réponses apportées aux citoyens.

Des compétences qui concernent aussi les marchés publics

Au-delà de la gestion administrative, l’intelligence artificielle commence à être intégrée dans des fonctions stratégiques de l’État, notamment les achats publics. Le 25 septembre 2026, la Banque africaine de développement (BAD), en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Google et Apolitical, a lancé une offre panafricaine de formation consacrée à l’utilisation de l’IA dans le secteur public.

Le programme comprend notamment un module sur les achats publics assistés par l’intelligence artificielle, ainsi que des enseignements sur les fondamentaux de cette technologie et les stratégies permettant d’accompagner son adoption dans les institutions.

Au Ghana, les préoccupations portent également sur les conditions d’utilisation de ces outils. Un programme présenté par l’UNESCO en juin 2026 a réuni 133 participants issus de plus de 30 ministères et organismes publics. Les formations ont abordé l’évaluation des solutions technologiques, les biais algorithmiques, la désinformation et les risques liés à la surveillance.

Le défi de la formation continue et des résultats mesurables

Le Kenya mise, pour sa part, sur l’intégration durable de ces compétences dans les parcours professionnels des fonctionnaires. Selon un bilan publié par l’UNESCO le 26 octobre 2026, 1 239 agents ont achevé une formation développée avec l’Université d’Oxford et proposée en partenariat avec la Kenya School of Government, sur 2 730 personnes inscrites. Une deuxième cohorte ambitionne de toucher 9 000 fonctionnaires supplémentaires.

Les autorités kényanes envisagent d’intégrer ces apprentissages dans les programmes d’accueil des nouvelles recrues, la formation des dirigeants et le perfectionnement professionnel continu.

Cette multiplication des initiatives traduit une prise de conscience : l’intelligence artificielle pourrait devenir un levier important de performance et de compétitivité des administrations africaines. Elle pose toutefois la question de la mesure des résultats. Les formations, les outils déployés et le nombre de fonctionnaires sensibilisés ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer une amélioration effective des services publics.

Au Kenya, notamment, le bilan de l’UNESCO ne précise pas encore les gains de temps réalisés ni la réduction éventuelle des erreurs administratives.

Pour les États africains, le véritable enjeu sera donc de transformer les investissements dans la formation et les technologies en gains de productivité mesurables, tout en garantissant la sécurité des données, la transparence et la qualité du service rendu aux citoyens.

MB / AGENCE ECOFIN

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