Plus de 9 000 pages passées au numérique
Longtemps confronté à un manque de données météorologiques historiques, le bassin du Congo dispose désormais d’une base scientifique plus étoffée pour étudier l’évolution de son climat. Des chercheurs ont numérisé plus de 9 000 pages d’archives manuscrites conservées en Belgique et en République démocratique du Congo (RDC). L’ensemble représente plus d’un million d’observations recueillies entre 1908 et 2023.
Ces documents permettent de combler une partie des lacunes qui empêchaient les scientifiques de suivre précisément les changements à long terme des températures extrêmes et des précipitations dans cette région stratégique pour l’équilibre climatique mondial.
Une hausse mesurable des températures
Les données reconstituées révèlent une tendance nette au réchauffement durant la seconde moitié du XXe siècle. Entre 1961 et 1990, la température quotidienne moyenne dans le bassin du Congo a augmenté d’environ 0,9 degré Fahrenheit, soit près de 0,5 degré Celsius. Parallèlement, le nombre moyen de journées chaudes par an a presque doublé.
Les chercheurs ont également constaté une augmentation des épisodes de chaleur extrême et des fortes précipitations. Ces tendances rapprochent l’évolution climatique du bassin du Congo de celle observée en Europe et en Amérique du Nord, où les séries historiques de données sont davantage disponibles.
Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue scientifique Earth System Dynamics.
Des archives menacées de disparition
Au-delà de leur intérêt scientifique, ces documents illustrent l’urgence de préserver le patrimoine météorologique africain. Derrick Muheki, doctorant à la Vrije Universiteit Brussel, a souligné la fragilité des archives consultées en RDC. Une partie de celles-ci avait été endommagée par un incendie quelques mois avant sa visite.
La destruction de ces documents aurait pu entraîner la perte de plusieurs décennies d’observations irremplaçables. Leur numérisation constitue donc une opération de sauvegarde patrimoniale, mais aussi un investissement dans la connaissance des risques climatiques.
Un enjeu pour les politiques climatiques
En combinant ces nouvelles données avec d’autres séries météorologiques précédemment récupérées, les scientifiques ont constitué l’un des ensembles de données climatiques les plus importants consacrés au bassin du Congo. Cette base pourrait contribuer à améliorer les projections climatiques et à mieux anticiper les conséquences du réchauffement dans la région.
Pour Wim Thiery, professeur à la Vrije Universiteit Brussel et participant à l’étude, ces résultats soulignent la nécessité de multiplier les projets de récupération des données, particulièrement dans les régions du Sud global, déjà fortement touchées par les changements climatiques.
La faiblesse du réseau de stations météorologiques en Afrique demeure toutefois un obstacle majeur. Elle limite les capacités d’alerte face aux événements météorologiques extrêmes et complique l’analyse de leur lien avec le changement climatique.
La reconstitution de l’histoire climatique du bassin du Congo représente ainsi une avancée scientifique importante. Elle rappelle également qu’une meilleure connaissance des risques constitue un préalable essentiel à l’adaptation des populations, à la planification des infrastructures et à la protection des activités économiques exposées aux aléas climatiques.
MB


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