May 28, 2026

Cédrick Tombola : réformer l’ENA pour renforcer l’efficacité de l’État congolais

Arrivé à la tête de l’École Nationale d’Administration en décembre 2024, Cédrick Tombola veut faire de l’ENA un levier central de transformation de l’État congolais. Son ambition est claire : moderniser l’institution, renforcer les compétences publiques et contribuer à une administration plus efficace, plus professionnelle et mieux outillée.

Confirmé Directeur Général de l’ENA par le Président de la République, il a rapidement mis en place un plan stratégique couvrant la période 2025-2027. Ce plan repose sur une idée forte : réformer l’ENA pour réformer l’État.

Une école au service de la haute administration

L’ENA est principalement connue pour sa mission de formation des hauts fonctionnaires. Depuis sa création en avril 2013, elle a formé 9 promotions, soit 842 Énarques et Administrateurs civils.

Ces profils sont aujourd’hui déployés dans l’administration publique, les services publics et les cabinets politiques. Leur rôle est de renforcer l’efficacité de l’État, d’améliorer la qualité de l’action publique et d’accompagner la modernisation administrative du pays.

Mais pour Cédrick Tombola, cette mission initiale ne suffit plus. Face aux défis actuels de l’administration congolaise, l’ENA doit aussi devenir un acteur majeur de la formation continue, du conseil institutionnel et de la recherche.

Mettre l’accent sur la formation continue

L’un des grands axes de la nouvelle stratégie consiste à élargir l’accès à la formation continue pour les agents et cadres de l’État. L’objectif est de ne plus limiter l’impact de l’ENA aux seules promotions d’Énarques, mais d’étendre ses services à l’ensemble des administrations et services publics.

Cette orientation répond à un besoin urgent : renforcer les compétences dans les secteurs clés de la gestion publique. L’ENA a ainsi développé une offre de formations certifiantes, alignées sur des référentiels internationaux, notamment ceux du Project Management Institute et du PECB.

Ces formations s’adressent aux agents de l’administration publique, aux entreprises du portefeuille de l’État, aux établissements publics et aux unités de gestion de projets.

Une institution en transformation financière

À son arrivée, Cédrick Tombola hérite d’une école fortement dépendante des subventions de l’État et des bailleurs. En 2023-2024, l’ENA était presque en cessation d’activité faute de financements suffisants.

Pour changer cette trajectoire, le nouveau management a diversifié le modèle économique de l’institution. Cette réforme a permis une progression importante des ressources : les produits de l’ENA sont passés d’environ 1,7 million de dollars en 2024 à près de 5,4 millions de dollars pour l’exercice 2025.

Cette évolution traduit la volonté de rendre l’école progressivement plus autonome financièrement, tout en renforçant sa capacité à remplir ses missions.

Transparence, gouvernance et certification

La transformation de l’ENA passe aussi par l’amélioration de sa gouvernance interne. Pour la première fois de son histoire, l’institution a mis en place une comptabilité financière et prévoit de publier ses états financiers pour l’exercice clos au 31 décembre 2025.

L’ENA est également certifiée ISO 9001 pour son système de management de la qualité par l’AFNOR. Cette certification marque une étape importante dans la professionnalisation de l’institution et dans l’adoption de standards de gestion plus rigoureux.

Pour une école appelée à former l’élite administrative du pays, ces réformes internes sont essentielles. Elles renforcent la crédibilité de l’institution et donnent l’exemple des bonnes pratiques qu’elle souhaite diffuser dans l’administration publique.

Des partenariats pour renforcer les capacités de l’État

L’ENA a également développé plusieurs partenariats avec des institutions nationales et internationales. Parmi les partenaires cités figurent notamment l’Inspection Générale des Finances, le projet AGREE de la Banque mondiale, le ministère des Mines, la Caisse Nationale de Péréquation, ainsi que l’UGP-MOD du ministère des Finances.

Entre 2025 et avril 2026, près de 1 100 participants ont été formés dans le cadre de ces initiatives.

L’école travaille aussi avec des experts issus de plusieurs pays et institutions partenaires. Une base de données de formateurs et d’experts a été mise en place afin de renforcer la qualité des interventions. Un partenariat avec Expertise France, dans le cadre d’un projet financé par l’Agence Française de Développement, vient également soutenir l’ENA dans le domaine de la gouvernance administrative.

Former les compétences dont l’administration a besoin

Le diagnostic posé par Cédrick Tombola est direct : l’administration congolaise souffre encore d’un manque important de compétences techniques dans plusieurs domaines.

Pour y répondre, l’ENA veut former massivement dans des secteurs transversaux comme la gestion de projets, les marchés publics, la passation, l’exécution et le contrôle des marchés. Ces compétences sont essentielles dans un pays en développement où la mise en œuvre efficace des projets publics reste un enjeu majeur.

Avec l’appui de la Banque mondiale, l’ENA prépare notamment la formation de spécialistes en marchés publics destinés à être déployés dans les unités de gestion de projets.

Décentralisation, nouveau campus et recherche

Les priorités de l’ENA ne s’arrêtent pas à la formation. L’institution travaille également sur la construction d’un nouveau campus, la diversification de son offre pédagogique, la démocratisation de l’accès à la formation continue et le développement de la recherche.

Un autre chantier important concerne l’appui à la décentralisation. L’ENA prépare une offre destinée à renforcer les capacités institutionnelles des provinces, avec l’intérêt de partenaires comme ENABEL.

Cette orientation est stratégique : pour moderniser l’État, il ne suffit pas de former l’administration centrale. Il faut aussi renforcer les compétences dans les provinces, là où les politiques publiques prennent directement corps auprès des citoyens.

Une ENA au cœur de la réforme de l’État

À travers son plan stratégique 2025-2027, l’ENA veut devenir bien plus qu’une école de formation initiale. Elle ambitionne d’être un centre d’excellence, de conseil, de certification, de recherche et d’appui institutionnel.

Pour Cédrick Tombola, les Énarques constituent déjà un vivier de compétences pour l’État congolais. Plus de 95 % d’entre eux évoluent encore au sein des services publics, des cabinets politiques ou de l’administration publique.

L’enjeu est désormais d’élargir cet impact, de former davantage d’agents publics et de contribuer à bâtir une administration capable de porter les ambitions de développement de la République Démocratique du Congo.

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