Ebola en RDC : le gouvernement évoque 131 décès, l’OMS sonne l’alerte internationale

Le ministre de la Santé de la République démocratique du Congo, Samuel-Roger Kamba, a annoncé dans la nuit du lundi au mardi 19 mai que l’épidémie d’Ebola actuellement en cours dans le pays pourrait déjà être à l’origine de 131 décès et de plus de 513 cas suspects recensés à travers plusieurs provinces.
S’exprimant à la télévision nationale, le ministre a toutefois précisé que tous les décès enregistrés dans les communautés ne sont pas encore formellement attribués au virus Ebola. Selon lui, la situation reste particulièrement préoccupante en raison de la rapidité de propagation de la maladie dans certaines zones de l’est du pays.
L’OMS préoccupée par la rapidité de propagation
Face à l’évolution de l’épidémie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché le dimanche 17 mai une urgence de santé publique de portée internationale, son deuxième niveau d’alerte le plus élevé depuis la réforme du règlement sanitaire international.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est déclaré « profondément préoccupé par l’ampleur et la rapidité » de cette flambée épidémique qui touche principalement la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC.
L’agence onusienne examine actuellement plusieurs candidats aux vaccins et traitements potentiels contre la souche Bundibugyo du virus Ebola, identifiée dans cette nouvelle épidémie.
Jean-Jacques Muyembe dénonce les failles de surveillance
Dans un entretien accordé à ACTUALITE.CD, le professeur Jean-Jacques Muyembe, co-découvreur du virus Ebola en 1976, a exprimé sa colère face au retard pris dans la détection de l’épidémie.
Selon lui, le système de surveillance sanitaire n’a pas correctement fonctionné, permettant au virus de circuler plusieurs semaines avant sa confirmation officielle. Il révèle notamment que les premiers tests effectués localement ne permettaient de détecter que la souche Zaïre du virus Ebola, alors que l’épidémie actuelle est causée par la souche Bundibugyo.
« Il y a eu une grande faiblesse dans la surveillance », regrette le scientifique congolais, qui estime que les alertes auraient dû être lancées beaucoup plus tôt.
Des cas confirmés à Goma
Le professeur Jean-Jacques Muyembe a également confirmé un cas positif à Goma, concernant une femme dont le mari est décédé à Bunia.
Des investigations sont en cours pour identifier les personnes ayant été en contact avec cette patiente. Les autorités sanitaires craignent notamment une propagation du virus dans des zones urbaines densément peuplées et marquées par des déplacements constants de populations.
À Kinshasa, un cas suspect évoqué par certaines sources internationales a finalement été déclaré négatif après des analyses effectuées par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB).
Une épidémie dans un contexte sécuritaire fragile
L’épicentre de l’épidémie se trouve dans l’Ituri, une province confrontée depuis plusieurs années à l’insécurité et aux déplacements massifs de populations liés aux conflits armés et aux activités minières.
Selon les autorités sanitaires, cette instabilité complique fortement les opérations de surveillance, la prise en charge des malades et le suivi des contacts.
Le médecin et Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a appelé à la réouverture de l’aéroport de Goma afin de faciliter l’acheminement de l’aide médicale et des équipes de riposte.
Appels au calme
Malgré l’absence actuelle de vaccin homologué contre la souche Bundibugyo, les experts sanitaires restent relativement confiants. Le professeur Muyembe rappelle que la RDC a déjà réussi à maîtriser quinze précédentes épidémies grâce aux mesures classiques de santé publique, notamment l’isolement des malades, le suivi des contacts et les enterrements sécurisés.
Le président Félix Tshisekedi a appelé la population au calme, à la vigilance et au strict respect des mesures préventives recommandées par les autorités sanitaires.
Héritier Maila
Sources : ACTUALITE.CD, Le Monde, UNICEF, Nations Unies




